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28/02/2017

Gagner ensemble ou perdre seuls

Publié initialement le 28 février sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris. Bonne lecture !

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Depuis plusieurs semaines, les discussions à gauche avancent enfin. Bien sûr compliquées suite au désastreux quinquennat libéral de François Hollande, elles ont néanmoins été marquées par des avancées notables ces derniers jours.

Premièrement, l’accord ambitieux signée par Benoît Hamon et Yannick Jadot ouvre la porte à un large rassemblement à gauche. Malmené, c’est peu dire, ces cinq dernières années, les écologistes ont courageusement décidé de retirer leur candidat afin de permettre « une grande aventure qui dépasse les appareils politiques« .

Un tel accord politique, de par son contenu ambitieux et profondément écologiste, était encore inimaginable il y a quelques mois encore. Pensé autour de réformes démocratiques, écologistes et sociales, l’accord s’inscrit tant dans la lignée du programme de Benoît Hamon que dans la pensée politique défendue par les écologistes depuis quarante ans.

Un « projet de Constitution pour une VIe République » soumise à référendum qui « donnera lieu à de nouvelles élections avant la fin du mandat ». La proportionnelle, la mise en place du septennat présidentiel non renouvelable, la reconnaissance du vote blanc et le 49.3 citoyen y figurent aussi noir sur blanc. Enfin, le droit de vote des étrangers aux élections locales sera soumis à référendum « dès le début de la mandature ».

L’accord comprend aussi une « une sortie progressive et intégrale du nucléaire » en « vingt-cinq ans » avec « fermeture des premiers réacteurs durant la mandature », la sortie des énergies fossiles « avec pour 2050 l’objectif d’une France 100 % renouvelables ». Tout comme  l’interdiction des pesticides et des perturbateurs endocriniens, le soutien accru à l’agriculture biologique et la légalisation du cannabis.

Au niveau social, « l’abrogation de la loi El Khomri » est bien sûr actée. Tout comme « la revalorisation du RSA à 600 euros » et son automatisation à « l’ensemble des 18-25 ans ». Enfin, le récépissé pour contrôle d’identité sera enfin instauré en cas de victoire à la présidentielle du nouveau ticket écolo-socialiste. L’accord peut être consulté ici.

Maintenant se pose la question des autres partis de gauche et des différents collectifs citoyens. Une chose est sûre : sans accord large, la gauche ne gagnera pas la présidentielle. Il faut se rendre à l’évidence. Peu importe la dynamique et même avec une mobilisation importante des abstentionnistes. Seul un large dépassement des appareils politiques peut créer l’indispensable dynamique en vue de la victoire.

Le Parti communiste en appelle lui à une « intervention populaire » en faveur d’un accord commun de la part des millions de personnes qui ne veulent pas de la désunion. Un accord qui ouvrirait ensuite la question de la candidature commune.

Le comble dans cette histoire est que c’est bien la monarchie présidentielle – difficile à comprendre pour nous autres suisses – cette 5ème république dont tous veulent se débarrasser qui risque de faire capoter l’alliance à gauche. Et cela alors que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon défendent tous deux un changement constitutionnel vers la VIème république soumise à référendum au cours du quinquennat, laissant place à de nouvelles élections législatives.

La chance de bouleverser la démocratie française est historique, dépassant largement les égos des personnalités. L’excuse des différences politiques de fond n’est pas crédible. Même sur l’Europe, l’analyse est commune : changer les traités européens pour sortir de l’austérité, aller vers les harmonisations sociales, fiscales et le tournant écologiste.
De toute façon, sans ces changements radicaux de la doxa libérale, l’Union Européenne est vouée à se rapetisser sur elle même, et probablement se disloquer. L’Europe, on la change, ou il n’y aura plus d’Europe. Dans les faits, le message est commun.

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon se sont rencontrés vendredi soir à Paris. Une rencontre de deux heures qui semble avoir débouché sur un « pacte de non-agression » entre les deux candidats. C’est tout ? À priori oui.
La déception est énorme à gauche, chez toutes celles et ceux qui ne peuvent pas accepter le duel qui se précise entre l’extrême droite de Marine Le Pen et la casse sociale du filou François Fillon, ou face à Emmanuel Macron l’ancien banquier d’affaires reconverti dans le one-man show creux.

Rien ne justifie cette désunion à gauche. Oui, bien sûr, le quinquennat Hollande a été désastreux. Personne ne l’oubliera jamais, encore moins les écologistes malmenés ces cinq dernières années. Mais le programme de Benoît Hamon marque une révolution inespéré dans la ligne idéologique du Parti socialiste. La victoire d’un programme clairement écolo-socialiste qui se rapproche de la pensée développée par Jean-Luc Mélenchon et le parti de Gauche depuis 2009, sous la houlette de Martine Billard.

Maintenant la question des candidat-e-s PS aux législatives est à mes yeux un faux problème. Certains se retirent d’eux mêmes ou vont se retirer face aux gauches qui s’unissent derrière des candidatures unitaires. Pour celles et ceux qui voudront se présenter, leur message sera inaudible. Censés faire campagne pour le candidat de l’union des gauches, il leur sera impossible de défendre une vision libérale éloignée de nos valeurs. En cas d’alliance large à gauche, les candidat-e-s pro-gouvernement ont toutes les chances d’être battus !

Prenons un exemple, souvent cité, celui de Myriam El Khomri, ministre du travail et auteure d’une des pires lois du quinquennat. Si elle se présente comme prévu dans le 18ème, elle y affrontera probablement Caroline de Haas, militante féministe, entrepreneure et auteur de la pétition aux millions de signatures contre… la loi travail de Myriam El Khomri. La gauche et des collectifs citoyens discutent ce soir de l’opportunité de cette candidature. En cas de duel, je suis convaincu que la population saura faire son choix à gauche.

Ce qui a été au cœur de l’histoire des mouvements socialiste et marxiste, puis de l’écologie politique et des mouvements altermondialistes s’avère aujourd’hui possible. Bouleverser les rapports de production, répartir les richesses et construire un modèle démocratique où chacun-e trouve sa place, en mettant l’environnement naturel et la santé de chacun-e au cœur du projet politique. Nous vivons un tournant de l’histoire. Le temps des rendez-vous manqués a assez duré.

« Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir. »
Jean Jaurès

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22/02/2017

Une nouvelle donne à gauche

Publié initialement le 7 février sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris. Bonne lecture !

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Il y a une semaine, la large victoire de Benoît Hamon au 2ème tour de la primaire de la belle alliance populaire (PS et alliés) a potentiellement relancé les chances de la candidature socialiste à la présidentielle. Bien plus que cela, la victoire de sa ligne écolo-sociale, à des années-lumière du quinquennat en cours, relance l’idée d’une alliance de programme à gauche en vue des législatives et d’une éventuelle candidature commune à la présidentielle.

Les socialistes proches de Hamon, les écologistes réunis autour de Yannick Jadot et les communistes, soutiens de Mélenchon pour la présidentielle, semblent privilégier cette option. Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, conscient de l’importance du moment politique, ne la rejette pas d’emblée. Cette stratégie politique semble être le seul moyen en vue d’une possible présence de gauche au 2ème tour de la présidentielle. Mais surtout, et c’est le plus important, en vue d’une refonte à gauche au delà des partis politiques.

La victoire surprise de Benoît Hamon à la primaire du parti socialiste sonne comme un rappel de la place, indispensable, des idées en politique. La direction du PS français et son approche gestionnaire, rassemblée derrière Manuel Valls, est tombée de haut. Un parti politique, une candidature ne peuvent pas être simplement organisés en vue de l’accession au pouvoir. On retrouve, sur ce point, les affres des années Mitterrand.

La campagne de Benoît Hamon, éloignée du culte présidentielle et critique du quinquennat libéral de François Hollande, s’est axée sur des thèmes oubliées par les dirigeants socialistes successifs. Débat sur le rapport au travail – autour de l’idée du revenu de base, approche écologiste des problèmes quotidiens, défense résolue des services publics ou appel à en finir avec la monarchie présidentielle.

On a bien vu l’embarras des dirigeants du parti – défendeurs du bilan du quinquennat Hollande – tant la présence de ces thèmes était inimaginable dans la partition solférinienne. Pris de court et dépassés par une mobilisation importante d’une partie de l’électorat de gauche, l’appareil socialiste s’est pris une claque à laquelle ils ne s’attendaient pas.

Cette victoire a ouvert un nouveau champ des possibles. Depuis une semaine, les déclarations et rencontres se suivent et se ressemblent. Comme le dit avec justesse ce matin Yannick Jadot sur Europe 1, « l’étape d’un éventuel rassemblement des candidatures n’est pas secondaire mais est seconde, la priorité c’est de bâtir un projet d’espoir. ». Et c’est bien la force amenée par la qualification de Benoît Hamon : d’abord les idées, le projet commun, avant d’aborder la question des candidats et leurs égos de « chefs » de partis.

Bien entendu, le Parti socialiste n’est pas subitement devenu écologiste. Bien sûr, la vision européenne de Mélenchon n’est pas celle de Jadot. Et, évidemment, les trois candidats n’ont pas la même vision de la politique de défense ou de la politique sociale. D’où la nécessité d’un socle commun, centré sur les mesures nécessaires au bouleversement politique.

Tabler sur un accord autour de mesures fondamentales semble ainsi être la meilleure approche. Trois propositions semblent se dessiner : le passage à la VIe République, fondement même de toute réforme démocratique, avec la mise en place de la proportionnelle à toutes les élections ; la sortie du nucléaire datée et lancée au 1er jour de la victoire, pour une France 100% renouvelable ; une refondation de l’Europe face aux politiques d’austérité, base même de toute alternative politique.

Un accord comprenant ces mesures a des chances de réunir les différents candidats et de mobiliser les militants des mouvements qu’ils représentent. Bien plus, cela pourrait réunir des milliers de militant-e-s et de citoyens engagés derrière ce programme commun. Au delà des appareils politiques dépassés. Concrètement, cela doit se faire le plus vite possible, d’ici la fin du mois pour avoir une chance de réussir.

Bien entendu, une clarification nette de Benoît Hamon s’avère nécessaire. Personne ne peut en effet imaginer un programme de gauche commun réuni derrière, parmi d’autres, des candidats comme Myriam El-Khomri, le ministère de l’intérieur Jean-Jacques Urvoas, Jean-Christophe Cambadélis ou le Vallsiste comme Jean-Marie Le Guen ?

Cela est inconcevable. D’où la nécessité de clarifications de la part de Hamon : choisit-il de réaliser un grand écart au sein du PS en donnant des garanties aux libéraux et en diluant ses propositions ou alors osera-t-il tenter une refonte complète de la gauche française ?

Cependant, il est nécessaire de précéder toute discussion sur les candidat-e-s, à la présidentielle comme aux législatives, par un débat sur les mesures communes. Le cas échéant, il est difficile d’imaginer Myriam El-Khomry faire campagne dans le XVIIIe arrondissement de Paris pour l’abrogation de la loi travail qui porte son nom. Un accord sur les mesures politiques forcera les personnalités à faire leur propre clarification. Celles et ceux qui se sentiront plus proches du libéral Emmanuel Macron – et qui ne l’ont pas déjà rejoint – n’auront alors plus qu’un pas à faire.

La balle est dans le camp de Hamon et Mélenchon en vue des législatives et de la présidentielle. Ce dernier osera-t-il tenter le pari d’un programme de majorité avec Hamon et Jadot ? Ce qu’il a refusé d’entrée en 2012, contrairement aux écologistes. Bien entendu, le quinquennat Hollande a plus que refroidi les partisans de cette option. Cependant, Benoît Hamon s’est imposé par une campagne écolo-socialiste engagée et semble saisir l’enjeu historique qui s’ouvre pour la gauche française. Une alternative démocratique, écologiste et solidaire semble possible.

Quelque soit l’issue de ces discussions, le résultat de la primaire socialiste a signé le retour des idées en politique. Trop longtemps mise de côté par le Parti socialiste, des millions de français retrouvent ce qui a été au cœur de l’histoire des mouvements socialiste et marxiste, puis de l’écologie politique et des mouvements altermondialistes ; la question sociale.

Bouleverser les rapports de production, répartir les richesses et construire un modèle démocratique où chacun-e trouve sa place, en mettant l’environnement naturel et la santé de chacun-e au cœur du projet politique. Cette période de repli identitaire et d’incertitude globale sonne comme un appel à la mobilisation générale, en France comme ailleurs.

Enfin, comme l’écrit Jean Ziegler, l’émergence d’une société civile planétaire ouvre une nouvelle donne dont la force de transformation sociale peut s’avérer hors du commun : « La nouvelle société civile planétaire n’obéit ni à un comité central ni à une ligne de parti. L’impératif catégorique du respect de la dignité humaine de chacun est son unique, mais puissant moteur. »

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24/12/2016

Faire face à la «contre-information»

« Donnez vingt-quatre heures d'avance à un mensonge et la vérité ne le rattrapera jamais. Autrement dit, il faut toujours affronter la malhonnêteté intellectuelle immédiatement et sans équivoque. »
Michael Moore


Les récentes actualités ont fait ressurgir un florilège de thèses conspirationnistes ciblant en particulier la prétendue désinformation des médias « mainstream ». De nombreux événements ont provoqué ce type de réactions. J'en retiendrai deux en particulier : le siège tragique d'Alep Est et l'odieux attentat de Berlin.

Dans le cas de Berlin, suite à la publication de l'identité du criminel suspect, une thèse conspirationniste a rapidement circulé en masse sur les réseaux sociaux. Pourquoi un terroriste aurait-il, au moment de commettre un attentat, ses papiers d'identité sur lui ?

En moins de deux, diverses thèses évoquant la manipulation des médias et d'un scénario orchestré par on ne sait trop qui fleurissent sur les réseaux sociaux. « On nous ment, une fois de plus » ; « C'est encore l’œuvre des services secrets » ; « Comment pourrait-il être aussi stupide et avoir ses papiers sur lui ».

Déjà évoquée au moment de l'attentat de Nice – et d'autres, ce scénario complotiste n'est pas nouveau et guère étonnant. En se penchant un minimum sur la question, un élément de base devrait rapidement apparaître dans la réflexion, quand réflexion il y a. Identifier précisément l'auteur est nécessaire pour revendiquer un attentat.

En effet, le soi-disant État islamique – en particulier après son appel de septembre 2014 appelant partout à cibler des européens de n'importe quelle manière – ne peut plus avoir un contrôle précis et un suivi global des actions criminelles commises par celles et ceux qui s'en revendiquent. S'assurer que l'identité de l'auteur du crime soit rapidement diffusée publiquement permet au soi disant État islamique de revendiquer rapidement et de réagir en détail – ou non – à l'attentat en question.

L'autre événement récent qui a mis en évidence cette « contre-information » qui désinforme est bien entendu le siège d'Alep Est. Tournant majeur dans la crise syrienne, le pilonnage aux barils d'explosifs des derniers quartiers rebelles de la ville a aussi marqué un tournant dans la guerre de l'information et l'analyse du conflit, en particulier à gauche de l'échiquier politique où une ligne de fracture claire s'est hélas affirmée. Sur ce dernier point d'analyse politique, j'y reviendrai en détail dans un autre article.

Ainsi l'avancée des forces du régime syrien, dirigées par des officiers russes et renforcées par des miliciens chiites iraniens, afghans et du Hezbollah, sur Alep Est a fait ressortir les thèses les plus farfelues sur la prétendue désinformation de masse véhiculée par les grands médias occidentaux. De la présence de l’État Islamique à Alep Est, alors qu'il en a été chassé par les rebelles syriens dès 2014 à la prétendue présence des seuls milices islamistes sur place en passant par le soi-disant soutien total de la population syrienne au régime de la dynastie Assad.

Bon nombre d'informations mensongères furent véhiculées sur les réseaux sociaux, en grande partie appuyées par la propagande du Kremlin que constitue Russia Today, média étendard des tenants de la « contre-information ».

Sans refaire toute l'histoire du conflit et l'influence complexe des nombreux acteurs de la répression du régime et de la guerre qui a suivi, un élément déterminant change maintenant la donne de l'information. Celui des témoignages en direct des citoyen-ne-s d'Alep et d'autres villes eux mêmes grâce aux réseaux sociaux.
Sur Twitter et Facebook, ou sur des blogs, il est possible à tout un chacun de suivre au quotidien les bombardements, la vie de tous les jours dans une ville sous siège et les conditions de vie qui se durcissent jusqu'à devenir intenables.

Personne ne peut brandir l'excuse de ne pas avoir su ce qu'il se passait. Se réfugier derrière l'excuse de l'impérialisme et de la géopolitique des grandes puissances dans la région afin de ne pas avoir à dénoncer des crimes de guerre s'avère être de la pure lâcheté. Oser se revendiquer de l'internationalisme a quelque chose d’écœurant après avoir fait preuve de tant d'indignation sélective.

Pourquoi s’appuierait-on sur les témoignages sur les réseaux sociaux de personnes en Palestine occupée ou au Yémen bombardée par l'Arabie Saoudite avec la bénédiction des puissances occidentales ? Le contexte est le même. 

Partir du contexte des printemps arabes et des formidables mobilisations populaires qu'a connu tout le Moyen-Orient et le Maghreb nous oblige à toujours considérer les luttes populaires locales avant la géopolitique des puissances et leurs intérêts. Sous prétexte de lutter contre le seul impérialisme américain et occidental via la machine de guerre de l'OTAN, bon nombre de militant-e-s politiques se revendiquant de la gauche balayent d'un revers de la main près de 6 ans de mobilisation populaire en Syrie.
Un véritable affront à toutes celles et ceux qui ont été tués et emprisonnés pour avoir osé revendiquer la démocratie, la justice sociale et la liberté.

Qu'en est-il de la formidable résistance et mobilisation des habitant-e-s de Homs, l'un des bastions de la révolution ? des rebelles syriens qui ont chassé l'Etat islamique d'Alep Est en 2014 ? de tous les jeunes qui vont au secours quotidiennement des victimes des bombardements russes et du régime ? de celles et ceux qui documentent depuis des années la banalité du mal qui sévit dans le pays ?

Enfin, par rapport à la crise syrienne, dénoncer l'impérialisme des États-Unis et des pays européens & arabes membres de la coalition en faisant fi de l'intervention russe et iranienne dans le pays relève soit de l'hypocrisie, soit d'une bêtise sans nom.

À toutes celles et ceux qui défendent le régime de Bachar Al Assad car il garantirait la stabilité dans la région et serait une réponse laïque face aux rebelles islamistes, remballez votre pseudo discours sur le nationalisme arabe et posez-vous une seule question : sans même parler de la répression et des massacres dont il est responsable, en quoi le régime alaouite d'Assad, soutenu militairement par l'armée russe et ses officiers formés lors du massacre de Grozny, financé directement par le régime chiite iranien et renforcé militairement par des dizaines de milliers de combattants du Hezbollah et des pasdarans, serait-il une alternative laïque et indépendante ?

Plus généralement, il est bien plus facile de sortir du chapeau l'excuse de la « désinformation » et de crier à la conspiration à chaque occasion que de se frotter à une situation complexe en dépassant l'analyse simpliste de la vérité face au(x) mensonge(s). À un moment historique où les démagogues de droite sont au sommet de la vague, il est urgent de ne rien lâcher sur un principe qui a articulé les mouvements progressistes, celui de l'internationalisme.

Il est inquiétant et aberrant de voir le peu de réactions pesées et internationalistes entendues ces dernières semaines dans la campagne pour les élections présidentielles en France. À part les positions constantes du Nouveau Parti anticapitaliste et la ligne claire des écologistes français - dont le candidat Yannick Jadot co-signe une bonne tribune "Alep crève" avec l'essayiste Raphaël Glucksmann - une dérive à gauche se confirme. La réponse vidéo de Jean-Luc Mélenchon à cette tribune est le symbole de son embarras et de sa distanciation vis à vis des luttes internationalistes (dès 13'30'').

À l'heure où tant d'informations succinctes circulent sur les réseaux sociaux, ne nous contentons pas de lire les simples titres, nous fier à une seule source ou de considérer par défaut toute information « anti-système » comme vrai, fiable car elle irait à contre-courant.

Sans cela, le pire est à prédire. Un exemple me frappe toujours autant : au moment de l'élection de 2004 et de la campagne de réélection de Georges W. Bush, selon un sondage une majorité d'américains pensaient que Saddam Hussein avait organisé les attentats du World Trade Center. Cela alors que tout l'avait contredit et que le gouvernement de Bush lui même avait infirmé ses propres propos. Ce type d'exemples extrêmes devient de plus en plus courant. La récente campagne présidentielle aux États-Unis en a été un exemple parlant, qui a laissé sans voix bon nombre d'entre nous.

Ne pas réagir et laisser ces mensonges s'installer dans le débat public met en péril nos démocraties et, j'en ai bien peur, toute possibilité de renverser le système néolibéral actuel vers une alternative solidaire, démocratique et écologiste.

Belles fêtes à toutes et tous, et une bonne année à venir, pleine de santé, de réflexion active, de découvertes et de projets engagés. Ne l'oubliez jamais : un autre monde est possible !

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14/12/2016

Alep : la Suisse doit agir !

Pendant que les combats font rage dans la ville syrienne d’Alep, des rapports relatifs à des massacres perpétrés dans la population civile sont rendus publics. Les Jeunes Vert-e-s ont organisé à Berne une veillée rassemblant environ 100 participant-e-s afin de demander une acceptation rapide et sans bureaucratie de 50'000 demandeurs d’asile provenant de zones de guerre.

En outre, la Suisse doit user de sa diplomatie pour ouvrir un couloir humanitaire des Nations Unies dans la zone touchée. «C’est seulement si un grand nombre de pays fait pression sur le plan international que les souffrances liées à la malnutrition et aux sans-abris pourront être atténuées.» explique Ilias Panchard, Co-président des Jeunes Vert-e-s Suisses, pour justifier les exigences du parti.

Le Conseil fédéral a décidé cette semaine d’accueillir un nouveau contingent de 2'000 syrien-ne-s. Les Jeunes Vert-e-s saluent cet engagement humanitaire, mais déplorent cependant le faible nombre articulé. «Un pays riche comme la Suisse est capable d’assurer la protection de 50'000 réfugiés» rajoute Ilias Panchard. De plus, la Suisse dispose de moyens de secours conséquents pour aider en zone sinistrée.

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19/02/2016

Exportations d'armes: les partis bourgeois jouent avec les vies humaines

La commission de la politique de sécurité décide de voter contre un moratoire sur les exportations de matériel militaire à destination des pays qui sont impliqués dans des conflits armés avec le Yémen. Cependant, les exportations vers l’Arabie saoudite se sont élevées à 5,5 millions de francs en 2015.

Selon la déclaration de la CPS-N, la raison principale pour faire des affaires avec les pays arabes est que le marché intérieur est trop petit pour sécuriser et enduiguer la baisse de fabrication des armes suisses. En outre, les règles actuelles, qui prévoient un examen individuel, sont strictes. Les restrictions de la réglementation suisse seront révélées ce mois lorsque le Conseil fédéral se sera réuni une seconde fois au sujet des livraisons d’armes à destination du Qatar. « Il est contraire à la tradition humanitaire de la Suisse de s’enrichir sur la misère et la guerre » estime Ilias Panchard, Co-président des Jeunes Verts. 

La décision prise hier par la CPS-N montre l’attitude cynique de la Suisse dans les conflits mondiaux. Alors que l’engagement humanitaire, comme le processus d’asile en ambassade, a été aboli, l’exportation de matériel de guerre vers des régions en conflit continue.
Par soucis de rentabilité et d’intérêts économiques, la majorité bourgeoise vend volontiers la violation des droits humains et les décès qui s’ensuivent. « Celui qui sème les armes récolte les réfugiés » dénonce Ilias Panchard.

Les exportations de matériel de guerre vers les pays qui sont impliqués dans un « conflit armé interne ou international » étaient, de part la réglementation sur l’exportation de matériel de guerre, déjà interdites. Par conséquent, les Jeunes Verts Suisses appellent à une interdiction totale des exportations d’armes. Une attention particulière doit être portée sur les exportations d’armes à destination des pays autocratiques qui violent les droits humains, et celles-ci doivent être signalées immédiatement.

01/07/2015

La Suisse prête à extrader un réfugié politique

La Suisse compte un prisonnier politique. Le 15 avril dernier, Mehmet Yesilçali, réfugié politique turc, a été arrêté dans le cadre d'une vague d'arrestations d'opposants politiques en Europe commanditée par la Turquie et exécutée par la justice allemande.

L'État turc, dont la dérive répressive n'est plus à prouver, utilise la justice allemande pour exiger l'extradition de membres de l'opposition démocratique turc en Europe. Ainsi, en l'espace de quelques jours, douze militant-e-s de la Confédération des travailleurs de Turquie (ATIK) ont été arrêtés, en Allemagne, en Grèce, en France et donc Mehmet Yesilçali en Suisse.

Le motif d'arrestation invoqué est le soupçon d'appartenance à une organisation terroriste, sans aucune preuve quant à d'éventuelles actions répréhensibles. ATIK est une confédération syndicale menant des actions politiques légales dans différents pays d'Europe.

L’État allemand exige leur extradition pour des motifs inexistants, au mépris du droit et de la loi. Le ministère de la justice n'apporte aucune preuve à l’appui de ses accusations. Ces méthodes ne peuvent être tolérées.

Bien que cette situation soit connue de la Suisse, le département fédéral de Justice et police a décidé le 19 juin 2015, en violation de la Convention de Genève, sans recourir aux tribunaux helvétiques et contrairement aux pratiques normalement en vigueur, d'extrader Mehmet Yesilçali, actuellement incarcéré en Suisse sans aucun motif valable.

Cette décision est purement politique et contraire à la Convention européenne des droits de l’homme qui interdit toute condamnation pour des actions ou omissions qui ne constituent pas un acte délictueux au moment où elles ont été commises. Selon la loi, personne ne peut être condamné ou extradé pour des actions qui ne sont pas punissables dans l'État dans lequel elles ont été commises.

D'un point de vue du droit d'asile, comment peut on utiliser les motifs d'asile reconnus pour décider, sans aucune base légale, d'extrader un réfugié politique ? Depuis quand le pays dépositaire des conventions de Genève se met à extrader des opposants politiques ?
C'est une décision arbitraire, lâche en terme de souveraineté politique et inacceptable au niveau juridique !

Mehmet Yesilçali est incarcéré illégalement depuis le 15 avril dans le canton de Fribourg. Son extradition vers l'Allemagne serait le symbole de la criminalisation dont les organisations de migrants sont parfois victimes. Le droit à s'organiser collectivement et démocratiquement doit leur être garanti.

La Suisse ne doit pas céder aux pressions du gouvernement turc et agir indépendamment. Nous ne pouvons être complice de la répression des opposants politiques démocrates turcs. Le département de la justice doit annuler l’extradition de Mehmet Yesilçali et le libérer immédiatement !


Merci de partager ce texte au maximum, la Suisse n'a pas à extrader un opposant politique démocrate.

Site web : http://www.atik-online.net/english/2015/05/freedom-and-political-asylum-to-the-turkish-militants-of-atik/

Facebook : https://www.facebook.com/pages/Libert%C3%A9-pour-mehmet-yesilcali/468813123273303

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