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12/03/2017

Marine Le Pen aux portes du pouvoir

Publié initialement le 12 mars sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris. Bonne lecture !

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L’Europe entière a les yeux rivés sur l’hexagone. Dans moins de deux mois, la France élira un nouveau président de la République. Ou une nouvelle présidente, pour la première fois dans l’histoire du pays. Il faut le dire, Marine Le Pen est en mesure de gagner l’élection présidentielle du 7 mai prochain. De nombreux éléments récents et des tendances de long terme font penser que le risque d’une victoire de l’extrême droite dans le pays de Jaurès et de Gaulle est bien réel.

Tout d’abord, la France sort d’un quinquennat désastreux. Tant sur la politique menée que sur la forme. La politique menée par François Hollande s’est avérée bien éloignée des promesses de la campagne de 2012 : politique fiscale et économique en faveur des grandes entreprises sans contreparties, aucun bras de fer européen pour sortir de l’austérité et renégocier les traités budgétaires, abandon des promesses du droit de vote des étrangers et de la proportionnelle, aucune ambition pour l’agriculture paysanne, mesures peu ambitieuses sur la transition énergétique, affreux débat sur la déchéance de nationalité et j’en passe. Une liste exhaustive serait bien trop longue.

La perte de repères est bien visible sur le terrain. Comment différencier la gauche et la droite après un quinquennat prétendument de gauche, dont le premier ministre utilise les mots de la droite ?

Il s’avère par exemple difficile, voire impossible de trouver des différences politiques entre un ministre PS comme Jean-Marie Le Guen, lieutenant de Manuel Valls, et l’ancien ministre sarkozyste de l’économie François Baroin. Même programme économique libéral, approche sécuritaire des problématiques sociales et discours de repli sur l’immigration. Ainsi le pamphlet « UMPS » utilisé par le Front National se retrouve renforcé par ces symétries politiques. Et s’avère ainsi difficile à contrer.

Conséquence logique de ces errements politiques, la recomposition de la gauche et des écologistes s’opère enfin avec et suite à la victoire de Benoît Hamon. La fracture s’opère entre celles et ceux qui veulent changer la vie des gens, réformer le système en profondeur et en finir enfin avec les politiques gestionnaires. Le plus dur reste à faire : débattre, rassembler et créer une dynamique populaire.

De l’autre côté de l’échiquier politique, il n’échappe à personne que l’affaire Fillon précipite la droite dans une impasse. Son camp était promis à une victoire facile. La situation est toute autre à l’heure actuelle. Une partie des centristes hésite à rejoindre le camp Macron et, en cas d’élimination au 1er tour du candidat Fillon, il est certain que des élu-e-s Les Républicains vont se poser des questions et négocier leur soutien au Front national.

Enfin, au niveau des forces en présence, l’analyse doit bien entendu se porter sur l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron. Porté par une dynamique certaine et, malgré la difficulté du moment à sonder les opinions, il se retrouve systématiquement qualifié pour le second tour dans les sondages. L’optique d’un 2ème tour opposant Marine Le Pen à Emmanuel Macron – hyper favorable de mon point de vue à un excellent score, voire une victoire, de la candidate du Front National – m’a poussé à écrire cet article.

Pour la première fois dans l’histoire française, tous les acteurs du monde politique ont acté le fait que Marine Le Pen serait d’office au 2ème tour de l’élection présidentielle. C’est comme si cette qualification de l’extrême droite était d’ores et déjà actée, sans même avoir mené la bataille sur le terrain du programme politique.

Cela s’explique par les résultats des derniers scrutins politiques. En effet, les dernières élections européennes et régionales ont montré la force électorale du Front national. Lors des régionales, tant Marine Le Pen que sa nièce Marion-Maréchal Le Pen se sont qualifiées pour le 2ème tour et y ont dépassé les 40% face aux candidats de la droite. Dans les régions gagnées par le Parti Socialiste, le parti frontiste dépassait aussi les 30% au 2ème tour, au delà de ses scores du 1er tour. Le vote frontiste s’est définitivement ancré.

Au parlement européen, le Front National compte depuis 2014 autant d’élu-e-s que Les Républicains (LR), plus que le Parti socialiste et les écologistes réunis. Ce qui en fait la délégation française la plus importante. Les élections proportionnelle à un tour – le système électoral le plus démocratique de mon point de vue, mais c’est un autre débat – réussissent tout particulièrement au parti de la députée européenne Marine Le Pen.

Deux choses ne sauraient évidemment être oubliées : le niveau de mobilisation ou d’abstention des électeurs-trices ainsi que le profil « renouvelé » de Marine Le Pen.

De nombreux articles y ont été consacrés. Le nouveau profil de Marine Le Pen s’inscrit dans sa stratégie en vue d’accéder à l’Élysée. Passé de « Oui, la France » en 2012, le slogan de Marine Le Pen est devenu « la France apaisée » jusqu’à fin 2016 puis le parti frontiste a opté pour « Au nom du peuple« . Ces deux slogans successifs illustrent le message recherché : le « vote Marine » est une évidence, un choix tout autant légitime que les autres.

Notons enfin que la candidate fait tout pour s’éloigner de l’image clivante du Front national en n’affichant plus le logo du parti, ni même le nom de famille « Le Pen » sur ses éléments de communication. Elle s’efforce aussi de se construire une stature présidentielle en restreignant ses apparitions médiatiques et, elle même empêtrée dans des affaires d’emplois fictifs, a bien veillé à ne pas surréagir à l’affaire Fillon pour se placer au dessus de son concurrent de droite. Lui éliminé et distancé, elle visant la tête au soir du 1er tour. Tout est organisé pour mettre en scène la rencontre entre la femme politique et un peuple.

Pour finir, une grande partie du résultat de la présidentielle dépendra de la participation, et donc du taux d’abstention. L’extrême droite fait traditionnellement du camp politique le plus mobilisé au 1er tour de l’élection. Il n’est ainsi pas étonnant de voir les sondages constater que l’immense majorité des électeurs de 2012 savent déjà qu’ils voteront à nouveau Le Pen cette année.

Maintenant, il est difficile de savoir ce que feront les personnes intitulées récemment dans un livre les PRAF (« Plus rien à faire » / « plus rien à f…« ). Soit les citoyennes et citoyens qui considèrent que la politique ne permet plus de changer la vie. Et pour toutes celles et ceux  qui considèrent n’avoir « plus rien à perdre », cela pourrait se concrétiser par un vote qui envoie valser le système.

En conclusion, Marine Le Pen et ses conseillers politiques semblent avoir parfaitement compris un élément. Pour gagner, elle devra dépasser son propre camp politique et transformer le 2ème tour en un vote pour ou contre le système, l’Europe et les élites. Ainsi la candidate du Front national doit se réjouir en vue de l’éventualité – qui semble probable – d’affronter Emmanuel Macron. Difficile pour elle de trouver meilleur candidat pour thématiser un duel entre « la candidate du peuple » et celui « des élites qui bénéficient de la mondialisation ».

Les élections néerlandaises de mercredi prochain enverront elles aussi un signal pour toute l’Europe. Une victoire de Geert Wilders, malgré son impossibilité probable de gouverner (aucun parti ne voulant former une coalition avec son parti), serait un nouvel accélérateur pour les démagogues nationalistes dans le monde.

Une victoire de Marine Le Pen dépasse ainsi le stade de la menace ou de l’éventualité. C’est un scénario dont il faut très sérieusement tenir compte. Ni le front républicain, ni les appels à « faire face au fascisme » ne seront à eux seuls suffisants en cas de qualification de Marine Le Pen pour le second tour.

Le monde a définitivement passé un nouveau cap politique. Au moment où les nationalistes s’imposent aux quatre coins du globe, seul un retour aux fondamentaux de la politique permettra de résister à cette vague. Tout le reste ne sert qu’à retarder l’échéance. Jusqu’au jour où…

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14/12/2016

Alep : la Suisse doit agir !

Pendant que les combats font rage dans la ville syrienne d’Alep, des rapports relatifs à des massacres perpétrés dans la population civile sont rendus publics. Les Jeunes Vert-e-s ont organisé à Berne une veillée rassemblant environ 100 participant-e-s afin de demander une acceptation rapide et sans bureaucratie de 50'000 demandeurs d’asile provenant de zones de guerre.

En outre, la Suisse doit user de sa diplomatie pour ouvrir un couloir humanitaire des Nations Unies dans la zone touchée. «C’est seulement si un grand nombre de pays fait pression sur le plan international que les souffrances liées à la malnutrition et aux sans-abris pourront être atténuées.» explique Ilias Panchard, Co-président des Jeunes Vert-e-s Suisses, pour justifier les exigences du parti.

Le Conseil fédéral a décidé cette semaine d’accueillir un nouveau contingent de 2'000 syrien-ne-s. Les Jeunes Vert-e-s saluent cet engagement humanitaire, mais déplorent cependant le faible nombre articulé. «Un pays riche comme la Suisse est capable d’assurer la protection de 50'000 réfugiés» rajoute Ilias Panchard. De plus, la Suisse dispose de moyens de secours conséquents pour aider en zone sinistrée.

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22/12/2013

La Suisse doit apprendre des erreurs du passé

Le Conseil Fédéral persiste et signe. Comme prévu, Ueli Maurer se rendra bien aux JO de Sochi en février prochain, tout comme Didier Burkhalter, futur président de la Confédération, pour y représenter la Suisse. Alain Berset devrait s'y rendre également, dans le cadre des Jeux paralympiques.

Dans le même temps, Barack Obama, François Hollande ou encore Viviane Reding, vice-présidente de la commission européenne, ont annoncé qu'ils ne feront pas le déplacement de Sochi. De plus, l'administration américaine a annoncé que Billie Jean King, ancienne joueuse de tennis et militante de la cause homosexuelle, fera partie de la délégation officielle. De vrais signaux politiques sont ainsi envoyés par bon nombre d'États.

En politique, la symbolique est importante et permet de marquer l'Histoire. Au niveau de l'actualité, le fait d'ouvrir les archives suisses quelques jours après le décès de Nelson Mandela aurait eu une portée immense et aurait permis de tourner la page sur cet épisode honteux de notre histoire. Épisode ayant impliqué le sommet de l'administration, de nombreuses banques et des personnalités politiques en devenir, tels que Merz et Blocher, futurs conseillers fédéraux.

Ces décisions symboliques font cruellement défaut à la politique suisse. Cela ne nous aide pas à assumer le rôle qui devrait être le nôtre : un pays modèle, progressiste et qui assume l'héritage des Conventions dont nous sommes porteurs.

En politique, pouvoir débattre de l'Histoire de notre pays m'intéresse tout particulièrement et me semble indispensable. Lors de la campagne pour la fin de l'obligation de servir à l'automne dernier, j'ai souligné, lors de plusieurs débats, le rôle joué par notre pays lors de la 2ème Guerre Mondiale. Un affront généralisé et une fin de non-recevoir face à ce jeune de gauche osant salir l'image de la patrie s'en est suivi. 
Mon grand-père, militant socialiste, s'est retrouvé face aux mêmes non-réponses lorsqu'il servait sous les drapeaux en 1941. La situation de l'époque peut l'expliquer. Cependant, il est inadmissible qu'avec le recul historique actuel, nous ne soyons pas capables de débattre de ces événements. Les partis bourgeois continuent hélas leur travail de sape. 

Dans le domaine fiscal (entendez : secret bancaire et évasion fiscale), les mêmes questions se posent. Prendrons-nous enfin les devants ou allons-nous attendre de nous retrouver devant le fait accompli pour réagir enfin ?

Il ne suffit pas de rejeter la faute sur nos voisins, à l'économie soi-disant mal gérée et confiscatoire, pour éviter ces questionnements fondamentaux. Il nous faut remettre en question notre propre politique fiscale, où la concurrence à la baisse règne. Oser poser la question de l'évasion fiscale, celle de la spéculation sur les matières premières ou celle de l'impact environnemental et social de certaines entreprises installés, fiscalement, sur notre territoire.

À force de faire preuve d'attentisme, la Suisse se brûle de plus en plus dangereusement les doigts et laisse son image se ternir durablement. Le scandale des fonds en déshérence nous l'a bien montré, de même que notre soutien financier et économique à l'Afrique de Sud de l'Apartheid.

En politique, il est nécessaire d'être réactif : négocier, comprendre la position et les attentes des autres, faire des concessions, et anticiper le monde de demain. La politique de l'autruche ne sert qu'à retarder l'échéance du couperet et continue à faire du tort à notre pays.  
 

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Rencontre entre le président sud-africain Pietr Botha et le conseiller fédéral Léon Schlumpf

02/09/2013

Syrie : soyons du bon côté de l'Histoire

Je partage ici l'article d'une amie et camarade d'origine syrienne à propos des derniers événements de Syrie. Réfléchissons à notre responsabilité historique...

 


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Vous êtes nombreux à manifester en masse à tous les coins de rues à travers le monde depuis l'annonce d'une possible intervention internationale en Syrie, et quand je vous y vois tous, j'ai envie de hurler...!
Où étiez-vous quand le régime syrien torturait des enfants de 10 ans, pour finir par renvoyer leurs corps en morceaux à leurs parents ? Où étiez-vous quand il a répondu aux manifestations pacifiques et aux demandes de réformes à coups de snipers et de tanks ?
Où étiez-vous quand il a commencé à bombarder volontairement les zones civiles ? Et au lancement du premier missile balistique, d'une puissance telle qu'il a réduit à néant tout un bloc d'immeubles? Avez-vous réagi aux massacres à l'arme blanche, quand les milices du régime exterminaient la population d'un quartier entier, massacres qu'on pourrait qualifier de nettoyages ethniques ?
Et où étiez-vous quand, le 21 août 2013, le régime Assad a gazé la population d'Al Ghouta, lançant une trentaine de missiles, faisant plus de 1500 morts et 10'000 blessés dont plus d'un tiers d'enfants ?


J'étais, moi, dans les rues à dénoncer le régime syrien et l'indifférence de la communauté internationale et je peux vous assurer les syriens s'y trouvaient seuls. Quel droit avez-vous dès lors de protester contre une intervention en Syrie ? N'y avait-il pas déjà une "guerre" en Syrie ? Il fallait vous insurger avant!


On ne veut pas voir d'intervention internationale en Syrie, alors que l'Iran et le Hezbollah y ont mis les pieds depuis des lustres, travaillant main dans la main avec le régime. On critique l'impérialisme américain mais quand il s'agit de l'armement du régime syrien par les russes, on ne pipe mot. De fait, la réponse internationale a été longtemps attendue, en vain.


Une intervention aurait été, à l'époque, très facile à mettre en place, et déjà légitime. Dès le début du soulèvement la réponse du régime aux demandes du peuple a été plus que démesurée. On ne tire pas à balle réelle sur des manifestants, on ne sort pas les tanks. Se débarrasser du régime aurait été à la fois facile et justifié. Quelques mois plus tard, on aurait eu besoin de couloirs humanitaires et d'une zone d'exclusion aérienne. Il aurait fallu armer les rebelles (alias: des déserteurs et des civils) afin qu'ils puissent se défendre contre le régime à armes égales. Cela aurait probablement suffi à mettre fin au bain de sang. Mais ça n'était pas dans les intérêts des Etats-Unis. Ils soutenaient, et soutiennent encore, les intérêts d'Israël, qui eux correspondent a un affaiblissement de la Syrie. C'est à dire ni opposition ni régime, mais bien le conflit. En étudiant les arrivées d'armes a l'opposition, on découvre qu'elles ne se font qu'au compte-goutte, et dépendent de l'évolution de la situation sur le terrain, sans doute pour garder un équilibre vital au prolongement du conflit. (Beaucoup des armes promises et tant attendues ne sont du reste jamais arrivées).


Puis, presque deux ans après le début du conflit, les brigades islamistes ont débarqué, officiellement affiliées a Al-Qaïda. La communauté internationale les a alors utilisées comme excuse pour ne plus intervenir dans les affaires syriennes de peur d'armer les "mauvais rebelles". Il a ensuite été prouvé que ces milices étaient en fait financées par le régime syrien.


Pour en revenir à la-dite intervention à venir, sachez qui ni l'ONU ni les Etats-Unis n'interviendraient s'ils avaient le choix. Personne n'a d'intérêt aujourd'hui à une intervention importante en Syrie, sinon elle aurait déjà eu lieu et le conflit aurait pris fin. La vérité c'est qu'ils ne l'ont pas, ce choix. Parce que, s'ils n'interviennent pas maintenant, alors les conventions de Genève et le Protocole de Genève interdisant l'usage des armes chimiques ne sont que des mots vides de sens auxquels les gouvernements n'ont aucune obligation de se tenir.


Mais ne vous méprenez pas, ces frappes aériennes ne sont pas faites pour aider l'opposition, elles ne changeront en rien le rapport de force actuel. Elles ont pour unique but de punir le vilain garçon qui a poussé le bouchon (la ligne rouge en l’occurrence) trop loin. C'est la raison pour laquelle la liste des cibles avait été communiquée, pour éviter un risque de réponse sur Israël, risque que personne n'oserait prendre. Risque d'ailleurs bien réel puisque le Hezbollah a annoncé en retirant ses troupes que si les frappes modifiaient un tant soit peu l'équilibre de la situation, ils déclareraient la guerre à Israël. On remarquera aussi que le massacre en question a eu lieu il y a déjà deux semaines, et que les acteurs comme l'Angleterre se retirent peu à peu. Alors que les frappes se font attendre la probabilité d'une intervention diminue chaque jour.


Dormez donc sur vos deux oreilles, il n'y aura pas plus de guerre en Syrie qu'il n'y en a déjà , éventuellement quelques frappes sanguinaires de plus. Mais s'il y a une chose dont vous pouvez être sûrs, c'est que, quoi qu'il arrive, la seule victime de l'histoire sera le peuple syrien, et que c'est bien le seul qui n'y a pas son mot à dire.

Leila Sibai
FemmeS pour la Démocratie

01/12/2012

La Palestine n'est plus au ban des nations, enfin !

 

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Tout d'abord, j'ai une pensée pour Yasser Arafat et j'aurai tellement voulu qu'il puisse vivre ce moment de l'histoire palestinienne à laquelle il a tant contribué par son combat de longue haleine, jusqu'à la mort, shukran Camarade !! 


Hier soir la Palestine a obtenu le statut d'État observateur à l'ONU !


Il aura fallu attendre et lutter pendant trois générations pour cette reconnaissance (partielle) de la part de l'organisation des Nations Unies, il n'est jamais trop tard. 138 pays ont courageusement soutenu la demande de Mahmoud Abbas, président de l'autorité palestinienne. Le score est sans appel, malgré un nombre non négligeable d'abstentions (41), seul 9 pays ayant voté contre la résolution. 

L'émotion était forte, l'ampleur de l'évenement se faisait sentir, malgré la distance nous séparant de New York. Les interventions des ministres des affaires étrangères indonésien et turc ont suscité l'approbation bruyante de la salle. Ahmet Davutoglu, ministre des affaires étrangères turc, a réitéré, avec la verve qu'on lui connait et après sa visite à Gaza sous les bombes, le soutien sans faille de la Turquie à la lutte pour un État palestinien. Lorsqu'il a parlé des célébrations à venir, sa mention de différentes villes palestiniennes a, j'en suis sûr, touché et ému de nombreuses personnes, dans la salle et derrière leur écran. 

C'était un grand jour, une belle soirée, un moment d'émotion pour beaucoup de gens. C'est peu dire ! 

Politiquement parlant, Mahmoud Abbas retrouve et va retrouver une présence politique à l'internationale, qui lui manquait ces derniers temps. Dès à présent, la question des négociations va être remise sur la table et on verra quelles parties sont prêtes à négocier pour de bon. Sur ce point, le gouvernement israélien n'a plus le choix, la décision qu'il redoutait ayant été prise par le concert des Nations. 

Nous verrons donc qui a un semblant de courage politique, au niveau israélien et palestinien. La suite risque d'être compliquée, voire douloureuse, mais vu le morcellement de la Cisjordanie, il est grand temps de s'y (re)mettre dès aujourd'hui...

Quasi chaque intervenant, peu importe sa position, a souligné la nécessité de négociations bilatérales. Cela prouve, une fois de plus, que de nombreux pays sont prêts à faciliter, autant que possible, le processus de paix. J'ajouterai que, pour avoir une chance à terme, ces négociations se doivent de réunir tous les acteurs concernés, du Fatah au gouvernement israélien en passant bien sûr par le Hamas, avec en toile de fond, les sociétés civiles israéliennes et palestiniennes. 

Pour finir, une avancée dans le conflit israélo-palestinien passe aussi par une mobilisation internationale, une meilleure compréhension de l'autre, malgré son opinion radicalement différente.     À mon avis, nous nous devons de nous mobiliser en Suisse pour une société plus juste, fière de son multiculturalisme, qui laisse une place à tout un chacun. La lutte contre le racisme, l'exclusion et les amalgames qui en découlent font bien entendu partie prenante de la lutte pour le dialogue des peuples et la paix au Proche-Orient. 

29/11/2012

Attribution du prix Nobel de la paix à l'UE, au pire moment, et si... ?

Indignez-vous (1).jpgLe prix Nobel de la paix 2012 a été attribué... à l'Union européenne ! 

 

Eh oui, ce n'est pas une blague suédoise, cette année la décision a apparemment surpris tout le monde. D'ordinaire le prix récompense une personnalité, politique ou militante, assez bien connue du grand public et non une alliance supra-nationale. Il est peu dire que la réaction médiatiquen'a pas tardé, la presse n'a pas mâché ses mots : "Bonne idée, mauvais lauréat" (Der Spiegel), "Le prix Nobel de la paix à l'idiotie" (Daily Mail-conservateur anglais). Mais aussi des réactions positifs tels que le titre du quotidien Belge le Soir, "60 ans de paix en dépit des crises". 

Parlons de ce prix qui suscite des réactions émotionnelles dans toute l'Europe en crise, monétaire et politique. Le prix Nobel de la paix récompense « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». 

En Europe personne ne niera le rôle de pilier qu'à joué l'Union Européenne dans la construction d'une Europe en paix, des balbutiements économiques (libre échange, acier-charbon) jusqu'à la situation d'après 1989. L'Union a pu aider à la reconstruction, participer au développement économique du continent et essayer de construire une zone de "paix" en pleine Guerre des étoiles quasi post-guerre nucléaire.

Il y a deux choses que je ne comprends pas dans cette attribution : l'heureuse lauréate et le moment choisi. 

Premièrement, le prix est attribué à une entité qui subit de nombreux tumultes actuellement et vit une crise de la dette qui risque de plomber toute son économie. J'ai toujours considéré le Nobel de la paix comme un moyen d'aider à faire avancer des causes, à l'instar du cas birman où l'attribution du prix à Aung San Suu Kyi en 1991 a aidé à faire connaître son combat dans le monde entier ! Mais, dans le cas qui nous intéresse, aucun symbole n'est présent (José Manuel Barroso avec un bouquet de fleurs dans les mains, tout le monde retiendra l'image historique...).  

 

A mon avis, ce prix aurait dû être attribué à une personnalité politique ayant travaillé à la construction européenne par le passé. Quelqu'un d'une autre génération, d'une époque où l'idéal européen existait et faisait rêver, quelqu'un comme Jacques Delors, ancien président de la Comission européenne. Delors a grandement participé au développement de l'Union Européenne, type de développement que l'on peut soutenir politiquement ou non. De nombreuses évolutions sont criticables comme le fait que la BCE ne puisse pas prêter directement de l'argent aux états endettés. De même, l'oeuvre de Jacques Delors, soutenue à l'époque par Mitterrand, a aussi montré, à mon avis, les limites de la social-démocratie, si prometteuse fut-elle. Limites qui nous sautent aux yeux en Espagne et en Grèce, après les derniers gouvernements dirigés par des ténors socialistes. 

Oui, l'Europe est criticable et son fonctionnement se doit d'évoluer, mais ce qui frappe, ce n'est pas l'attribution de ce prix à l'UE. Finalement, tout le monde s'en fout royalement !

Ce qui frappe c'est le manque de visionnaires en Europe, de personnalités qui puissent voir plus loin que leur mandat politique et leurs intérêts financiers. Finalement, la question est de savoir qui croit encore au projet européen ?

A quand un référendum européen sur une constitution européenne plus courte ? Cohn-Bendit et Verhofstadt le propose. De même que des taux d'emprunts plus équivalents entre les pays et enfin un vrai budget européen (plus que 1% --> 100 Ma). La politique se doit d'être en avance sur son temps et ne doit jamais se contenter d'attendre que le peuple lui dise quoi faire. Les politiciens doivent proposer des idées plus novatrices, soyez réalistes, exigez l'impossible pardi (pardon Dany, c'était facile je sais) ! 

Peut être que le comité Nobel a ainsi voulu adresser un message aux politiciens européens : la paix en Europe a été construite étapes par étapes, maintenant vous vous devez d'y construire une alliance politique digne de ce nom, et vite, car le fascisme guette en Grèce et le nationalisme monte dans toute l'Europe !

Après avoir agi pour la paix et la prospérité du Continent, il est temps que l'UE agisse pour le rapprochement des peuples en réformant ses institutions et en construisant une véritable alliance politique. La crise actuelle est, à mon avis, l'occasion rêvée pour engager ces réformes. Sans la crise, jamais l'Allemagne ou la Finlande n'aurait, par exemple, accepté que la BCE puisse racheter de la dette souveraine, les discussions auraient duré à n'en plus finir. 

Dans les moments de crises, l'Europe a besoin d'idées novatrices, de nombreux think-thanks se créent et le continent bouge enfin. Mais le temps presse et la participation de femmes et d'hommes politiques qui arrivent à se projeter quinze ans en avance sur leur temps est la clé de voute du futur de l'Europe. En terme de vision à long terme, l'abandon du nucléaire et le désarmement me paraissent quelques-uns des combats à mener, afin de ne pas laisser aux prochaines générations le devoir de reconstruire l'Europe, à nouveau.

J'espère que, d'ici l'attribution du prochain Nobel de la paix, l'Europe aura engagé son virage social et visionnaire, couplé d'une vision énergétique commune sur le long terme et d'une vraie monnaie unique.

Et, qui sait, il pourrait être decerné au peuple syrien pour la lutte pacifique qu'il mène avec un courage hors du commun, une année trop tard...