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22/02/2017

L'impasse Fillon

Publié initialement le 17 février sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris. Bonne lecture !

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Un coup de tonnerre. Les révélations chocs du Canard Enchaîné sur le système de rémunération familial mis en place par François Fillon marquent bel et bien un tournant de la présidentielle. Depuis plus de trois semaines, sous la pression de nouvelles révélations et plombé par une défense cacophonique, le candidat de la droite et du centre voit sa campagne stoppée net.

Tout d’abord, un bref récapitulatif s’impose. Le Canard Enchaîné publie tout d’abord le 25 janvier un papier sur les montants perçus par Penelope Fillon comme attachée parlementaire de son mari ou de son suppléant Marc Joulaud. Chiffrés tout d’abord à 500’000 euros brut. La réalité du travail effectué est mise en cause, jamais justifié avec précision par François Fillon lui même.

Avant que d’autres chiffres et emplois ne soient publiés. De mai 2012 à décembre 2013, elle aurait ainsi été salariée comme conseillère littéraire à « la Revue des deux mondes » pour un montant de 5000 euros brut par mois. Soit 100’000 euros au total. Le hic est, au delà du montant important du salaire, que l’ancien directeur de la revue remet en question l’engagement réel de l’épouse Fillon et affirme ne jamais avoir eu d’échanges de travail avec elle. Rien n’expliquerait en effet un tel salaire pour la seule rédaction de deux courtes notes de lecture en plus de 18 mois.

Dans son édition suivante, le journal satirique revient sur ses chiffres initiaux et affirme que Penelope Fillon a touché au total plus de 900’000 euros brut. Un montant étalé sur une période, non-continue, d’une douzaine d’années.

Pas en reste, les deux enfants de François Fillon auraient perçu 84’000 euros brut entre 2005 et 2007 lorsque leur père était sénateur de la Sarthe. Le cas de sa fille Marie est emblématique : alors qu’elle était embauchée par son père comme assistante parlementaire à temps plein, elle terminait sa formation et effectuait un stage d’avocate payé 11’035 euros bruts par an. Se pose la question du cumul des activités, et de l’usage de l’argent public par les élu-e-s. Elle aurait aidé son père dans la rédaction de son livre, dont le titre fait aujourd’hui sourire : « La France peut supporter la vérité« .

C’est en résumé les accusations auxquelles l’ancien premier ministre doit faire face. Mais ce n’est sûrement pas tout. Probablement aussi concerné par l’affaire des « chèques du Sénat » et ayant touché 200’000 euros de l’assureur AXA, non seulement son image d’homme politique honnête a explosé en vol mais il risque de continuer à devoir répondre de faits graves ces prochaines semaines. À moins qu’il n’ait été mis en examen avant, ou mis sur la touche suite aux prochaines mobilisations citoyennes.

Au niveau de la justice, cela se précise. Le parquet national financier, après avoir reçu le rapport de police concernant l’enquête et les perquisitions à l’Assemblée nationale, annonçait hier qu’il n’envisage pas « en l’état » de classement sans suite et que « les investigations vont se poursuivre« . La suite est difficile à prévoir, une mise en examen pourrait être prononcée tout comme un report post-campagne de ce feuilleton juridique fort dommageable pour les institutions démocratiques.

Un élément fait néanmoins sourire ; la ligne de défense choisie par Fillon et ses avocats. Ou plutôt les défenses successives. Deux semaines après les premières révélations, il se livre à un exercice de communication devant les médias et publie sur son site internet un résumé des salaires reçues par sa femme. Coincé devant ses propres contradictions et incapable d’expliquer par exemple pourquoi son épouse touchait un salaire bien plus important auprès de son suppléant (plus de 6000 euros par mois, contre 3677 auprès de F. Fillon). Ni de justifier son niveau de rémunération – 5000 euros par mois- à la revue des deux mondes pour seulement deux notes de lecture produites.

Coincé entre une justice qui agit rapidement et une opinion publique exaspérée, François Fillon, ses soutiens politiques et ses avocats se réfugient derrière leur seule porte de sortie. Il s’agirait d’un « coup d’État institutionnel du pouvoir » et les français doivent comprendre que « le parquet national financier nous vole l’alternance« . Une défense qui peut sembler ahurissante, mais c’est la seule qui leur reste.

De manière générale, difficile de ne pas être médusé devant ce système de détournement d’argent public au bénéfice de ses intérêts et de sa famille. Le chantre de l’exemplarité, annonciateur des « efforts » auxquels les français-es devraient consentir s’il était élu, voit sa crédibilité réduite à néant.

Maintenant, la mobilisation citoyenne s’organise, partout en France. Ce dimanche, des rassemblements seront organisés dans des villes des quatre coins du pays. Le rassemblement parisien sur la Place de la République devrait réunir des milliers de personnes. Il faut maintenant organiser ce ras-le-bol et faire tomber tous les élu-e-s corrompus et qui profitent des failles des institutions.

À ce niveau là, François Fillon n’est pas le seul concerné. Emmanuel Macron, le candidat médiatique dont le programme change au fil de la campagne, se voit concerné par un mélange des genres dans l’utilisation des frais de bouche lorsqu’il était ministre.
Bien plus grave, les eurodéputé-e-s du FN, dont sa candidate à la présidentielle Marine le Pen sont accusés d’avoir payé des employés en France avec de l’argent destiné aux assistants parlementaires basés à Bruxelles.

Les conséquences de « l’affaire Fillon » sont encore dures à prévoir. Il est sûr que Marine le Pen, malgré les accusations portées contre elle, s’en retrouve quelque peu renforcée. Mais face à cela, fort heureusement, les discussions en vue d’une grande aventure unitaire et citoyenne à gauche avancent. Ces deux prochaines semaines seront décisives et peuvent provoquer une dynamique historique capable de porter une alternative sociale, écologiste, européenne et démocratique au pouvoir.

Quant à François Fillon, il n’est même plus en mesure de faire campagne. Il passe en trombe, sous les sifflets, lors de ses déplacements, ne s’adresse qu’à des militant-e-s LR et se voit contraint de prévoir son agenda au jour le jour. Impossible de faire 6 semaines de campagne dans ces conditions.

Son quotidien ressemble à celui d’un président de la République impopulaire en fin de mandat ou faisant face à une mobilisation populaire contre une réforme de casse sociale. Sauf qu’il ne l’est pas encore, président. Il est bien entendu impossible d’y arriver sans faire campagne auprès des gens. Il va maintenant devoir affronter le terrain et assumer les conséquences de ses actions frauduleuses. Cela tombe bien, étant donné qu’il dit s’en remettre maintenant « au seul jugement des urnes ».

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09/12/2016

Pour en finir avec les débats entre hommes


Dorénavant, je décline les invitations à des débats qui ne comportent pas au moins une femme parmi les intervenant-e-s. Les hommes doivent, eux aussi, s'engager pour garantir la parité en politique !

Annoncée hier sur les réseaux, cette décision simple est le fruit d'une réflexion plus globale sur les questions d'égalité. En plus de sa symbolique, ce type d'annonce peut avoir un impact important sur la parité dans les débats politiques si une majorité d'élus et de personnalités politiques adopte activement la même démarche.

Malgré des avancées générales dans le débat public des questions de parité et, plus globalement de l'égalité hommes-femmes, la situation n'évolue hélas guère ces dernières années.

Le pourcentage d'élues dans les parlements stagne en Suisse. Les partis politiques portent bien sûr une responsabilité majeure dans le choix de leurs candidat-e-s en décidant, très souvent, de ne placer que des hommes aux places éligibles et de ne pas alterner les candidates et candidats sur leurs listes électorales.
À mes yeux, l'alternance homme-femme sur les listes devrait être obligatoire. Cette mesure fait partie des mesures minimales qui doivent maintenant être prises.

 

Revenons maintenant à la composition des débats politiques. Depuis quelques années, je remarque généralement une faible présence de femmes politiques ou d'expertes aux débats auxquels je participe.

Les exemples seraient nombreux, voilà le dernier en date : dans la campagne sur la sortie par étapes du nucléaire, lors d'un débat à l'EPFL, me voilà invité à un débat face à un représentant d'EconomieSuisse et deux chercheurs du campus lausannois, tous deux experts de la question. Quatre intervenants. Aucune femme.

On pourrait penser que la présence de femmes politiques ou d'expertes dépend simplement du thème débattu. À mon avis cela n'explique pas tout. Et n'excuse en rien cette pratique, au contraire. Le problème est tant structurel que culturel, et c'est là où le bât blesse.

En effet, alors que par exemple le nombre de diplômées dans les sciences de base et les domaines dits techniques est en augmentation constante, le nombre de professeures titulaires tarde à suivre la même évolution. De même, le nombre d'élues engagées, et écoutées (médiatisées devrait-on dire) sur ces questions s'avère relativement faible.

Les débats autour des questions militaires ou de l'aménagement du territoire suivent globalement la même tendance. Tant pendant la campagne pour la fin de l'obligation de servir que celle sur l'achat des avions de combat Gripen, je n'ai participé qu'à des débats avec un ou plusieurs intervenants hommes. Pareil sur les questions de service civil, mais bien entendu l'obligation de servir appliquée seulement aux hommes peut expliquer en partie cela.

 

Il est bien sûr difficile de tirer des conclusions globales à partir de quelques dizaines d'interventions publiques « problématiques » de ce point de vue là. Je n'avance ainsi aucun chiffre, ni aucune tendance précise. Cependant, les réactions sur les réseaux sociaux montrent que ce constat est partagé par de nombreuses personnes.

La raison de ce « coup de gueule » est simple : quel message envoyons-nous aux jeunes de ce pays ?

Que les filles seraient faites pour s'occuper des questions sociales, de santé publique et du monde de la culture, pendant que les hommes débattent du sauvetage des banques, des caractéristiques des avions de combat que le pays doit se procurer ou de comment réaliser la transition énergétique ?

Très peu pour moi, cette répartition archaïque n'a aucun sens. Toutes ces questions sont importantes et concernent l'ensemble de la société. Elles doivent être réglées collectivement, selon les visions politiques et intérêts personnels de chacun, et non chapeautées par une conception paternaliste de la politique.

La question est bien sûr plus large et des objectifs doivent non seulement être fixés mais atteints à l'aide de mesures ambitieuses et contraignantes : garantir un temps de parole équitable entre hommes et femmes lors des débats, atteindre l'égalité salariale et la répartition des tâches ménagères tout comme déconstruire collectivement la société machiste dans laquelle nous vivons.

Les occasions étant hélas tellement nombreuses, nous aurons le temps d'y revenir. D'ici là, mobilisons-nous pour qu'un nombre croissant d'hommes se saisissent à bras le corps de ces questions. Face à une inégalité institutionnalisée, l'engagement de toutes et tous s'avère nécessaire.

Il ne s'agit pas de détails mais bel et bien de la société que nous montrons et allons léguer aux plus jeunes : celle du paternalisme en politique, de la violence machiste et des discriminations ou celle de l'égalité hommes-femmes, de la liberté solidaire et des rêves les plus fous. Mon choix est fait.

 

 

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15/09/2013

Vers des commerces ouverts en permanence ?

Le 22 septembre prochain, la révision de la loi sur le travail dans l'industrie, l'artisanat et le commerce est soumise à votation populaire. La modification du député libéral genevois Christian Lüscher concerne les heures d'ouverture des magasins des stations-service situées "sur les aires des autoroutes". Son but est de leur permettre d'employer du personnel le dimanche et la nuit, premier pas vers une ouverture non-stop... 

En s'intéressant aux détails, nous remarquons que la modification ne concerne pas que les autoroutes et ouvre la voie à des libéralisations dans d'autres « cas particuliers ».Elle concernerait ainsi les « axes de circulation importants ». La notion reste très vague et pourrait ouvrir la boîte de Pandore à l'ouverture généralisée de nouveaux magasins de stations-service. 

Les conditions de travail des employés a été relativement peu souligné dans cette campagne, alors que ce sont les premiers concernés, eux et leurs familles. En effet, les conditions de travail dans le commerce de détail sont passablement difficiles : travail stressant, pression quotidienne, salaires de moins de 4000.- pour un temps plein ainsi que l'absence de conventions collectives de travail dignes de ce nom. Cette mesure risque aussi d'entraîner d'autres secteurs vers des horaires de nuit plus importants, tels que les emplois autour de la sécurité, du nettoyage ou encore des livraisons.

De manière plus globale, la réflexion porte sur le modèle de société que nous voulons construire ensemble. Aller vers une société du "tout-tout de suite" ? Perdre le côté humain du commerce de proximité en privilégiant les grands centres commerciaux ? Consommer aux dépens de la santé et de la vie familiale d'une partie de nos concitoyens ?

L'offensive des libéraux sur les horaires d'ouverture des magasins ne fait que commencer et a été déjà été concrétisée au parlement. La motion Lombardi oblige les cantons à prolonger leurs heures d’ouverture des commerces le matin et le soir. Une autre oeuvre à l'introduction du travail du dimanche généralisé dans tout le pays (motion Abate). Et les Verts libéraux demandent déjà que tous les magasins dont la surface de vente est inférieure à 120m2 puissent imiter les magasins des stations-service, en pouvant ouvrir 24 heures sur 24. 

En somme, voter NON à cette libéralisation des horaires d'ouverture le 22 septembre prochain est indispensable et bloquera les autres tentatives de dérégulation en envoyant un signal clair : nous défendrons coûte que coûte le vivre-ensemble et les conditions de travail des employés, face aux intérêts des grands distributeurs et de l'Union Pétrolière, soutenus par leurs lobbyistes libéraux !

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31/07/2013

Pour un service volontaire et citoyen !

Mon intervention au nom des Jeunes Vert-e-s Suisse lors de la conférence de presse du Comité "Oui à l'abrogation du service militaire obligatoire". 

Berne, centre des médias, 30.07.2013

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Mesdames, Messieurs,

Je vais axer mon intervention sur un élément en particulier : l’engagement des jeunes et leur droit à l'autodétermination dans ce domaine. On entend souvent cette vieille rengaine qui dit que « de nos jours, on ne s’engage plus ». On nous fait croire que les jeunes ne veulent plus s’engager, ne s’intéressent à rien et ne pensent qu’à faire la fête.

Mes expériences personnelles et les nombreux projets créés par des jeunes nous montrent le contraire : tant au niveau politique, associatif que bénévole, de nombreux jeunes s'engagent sérieusement, et ce sur leur temps libre, à côté de leur travail ou études.

La Suisse est ancré dans une vision passéiste du service au pays, où l’engagement se veut obligatoire et forcé. Le conscrit est hélas vu comme un probable fainéant, que l'armée va booster afin d'en faire un « vrai homme ».
Au niveau de l'engagement militaire, seule une minorité de conscrits accomplit la totalité de ses jours de service. En effet, seulement 52% des jeunes en âge de servir sont incorporés à l’armée et à peine un tiers d’entre eux y accomplissent tous leurs jours de service. Tous les autres sont congédiés sans avoir effectué la totalité de leur service militaire. Ces chiffres montrent que l’armée n’a actuellement besoin que d’une toute petite partie des hommes d’une même classe d’âge. Selon nous, l’engagement pour le bien commun doit évoluer avec son temps et, enfin, se détacher du fusil militaire !

Les jeunes s’engagent de différents manières pour la société. Cet engagement est reconnu par la Confédération, à travers, par exemple, le congé jeunesse et les 5 jours de congé supplémentaires qu'il comporte. La fin de l’obligation de servir permettra aux jeunes, femmes et hommes, de s’engager sur une base volontaire, dans des domaines qui les intéressent et où ils ont des capacités et se sentent particulièrement à l’aise.

Enfin, La mise en place d’un service volontaire représenterait un changement du rapport à la société et aux devoirs du citoyen. Les jeunes décideraient ainsi d’eux-mêmes comment ils veulent se rendre utiles, sans être poussés et infantilisés par l’État. Le fait que chacun d'entre eux puisse choisir la forme de son engagement aiderait à responsabiliser les jeunes et donnerait un sens plus fort à leur engagement. 

Ainsi, l'autodétermination en matière d'engagement est clairement indispensable et n'est rien d'autre que la pierre angulaire du développement de l'engagement des jeunes.
Voter Oui à l’abrogation du service militaire obligatoire c’est faire enfin confiance aux jeunes et en leur volonté d'engagement citoyen.

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Quelques liens suite à cette conférence : 

http://www.rts.ch/info/suisse/5101521-la-campagne-pour-l-initiative-visant-la-fin-du-service-obligatoire-est-lancee.html

 
 http://www.arcinfo.ch/fr/suisse/campagne-contre-l-obligation-de-servir-en-marche-566-1205515

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/1de3893e-f931-11e2-a6c4-1... 

 

26/02/2013

Libéralisation des horaires de travail : personne n'est dupe !

« Travailler plus pour gagner plus ! ». La formule, désormais célèbre, en a motivé plus d'un à aller voter dans l'espoir de laisser place à des fins de mois moins difficiles. Souvenez-vous, il y a six ans, en pleine campagne présidentielle française. La lutte s'annonce serrée, Nicolas Sarkozy, à l'instar de sa rivale, est prêt à tout pour l'emporter. La formule-utilisée auparavant par d'autres hommes politiques-a été l'un des éléments clés dans la campagne du candidat UMP. Elle a touché le cœur du problème de nombreux citoyens français : la baisse du pouvoir d'achat. L'idée était toute trouvée, il suffisait de défiscaliser les heures supplémentaires et de mieux les payer. Le remède aux problèmes des travailleurs français était sur la table, il leur suffisait de travailler plus pour gagner...chaque chose en son temps. La réponse ne devait venir qu'après l'élection, logique vous me direz. La réponse est arrivée, le bouclier fiscal aussi.

Par cet élément de programme, les différences de repères historiques entre la gauche et le droite française ont sautés aux yeux. L'attaque en règle contre l'héritage social des évènements de mai-juin 1968 a, pour ainsi dire, très mal passé à gauche. Faisant aussi ressortir les clivages politiques entre ses composantes (socialiste, écologiste et communiste), toutes construites, d'une façon ou d'une autre, sur un héritage des mouvements contestataires de l'époque. Mais là n'est pas la question.

Chez nous aussi, les différences politiques sont bien visibles à travers certains thèmes de société. En particulier celui de l'emploi, des conditions de travail et de la défense des acquis syndicaux. À propos des conditions de travail, une motion déposée par le conseiller national libéral genevois Christian Lüscher, un des chantres de la libéralisation à tout prix, a été acceptée par la majorité de droite du parlement et a donc amené à une modification de la loi sur le travail dans l'industrie, l'artisanat et le commerce (loi du 13 mars 1964). L'article 27, alinéa 1 a été modifié comme suit : « Les magasins des stations-service qui sont situés sur les aires des autoroutes ou le long d’axes de circulation importants fortement fréquentés par les voyageurs et dont les marchandises et les prestations répondent principalement aux besoins des voyageurs peuvent occuper des travailleurs le dimanche et la nuit. ».

Ainsi la modification concerne, apparemment, les stations-service très fréquentés et rendra rendre service à quelques voyageurs-consommateurs, aux dépens du rythme de vie des employés de ces mêmes stations. La liberté de consommer à tout moment n'est pas plus importante que la santé et la vie sociale des employés du commerce de détail. Notre pays est-il prêt à sacrifier le dimanche de congé et à généraliser le travail de nuit pour simplement palier à des facilités d'achats occasionnels ?

En lisant plus attentivement, nous remarquons que la modification ne concerne pas que les autoroutes et ouvre la voie à des libéralisations dans d'autres « cas particuliers ».Elle concernerait aussi, en cas d'échec du référendum lancée par la gauche et les syndicats (traité ci-dessous), les « axes de circulation importants ». La notion reste très vague et pourrait ouvrir la boîte de Pandore à de nouveaux élargissements des horaires d'ouverture, ce qui ne déplairait sûrement pas aux chantres de la libéralisation, bien au contraire.

En somme, la mesure risque de concerner bien plus de stations-service que ne l'affirmait Christian Lüscher lui même (5-6 stations-service concernées selon ses dires télévisés...). La « tactique du salami » utilisée ici est très clair : libéraliser les horaires de travail au fur et à mesure en faisant passer l'amère pilule petit à petit. Il est clair que leur but est d'arriver à une libéralisation plus globale, dans l'optique de toucher l'entier du commerce de détail. Les syndicats ne sont pas dupes et combattrons, avec le soutien de la gauche, chaque atteinte au droit du travail, en premier lieu dans ces domaines où les salaires sont faibles, les CCT peu solides et les conditions de travail difficiles !

Suite à l'acceptation de cette modification par l'assemblée fédérale en décembre de l'année passée, l'outil référendaire a été actionné par la gauche sous la bannière de « l'alliance pour le dimanche », nouvellement formée. L'alliance regroupe principalement le PS, les Verts, le syndicat Unia, Travail Suisse, l'Union Syndicale Suisse, l'association du personnel de la Confédération et la société suisse de médecine du travail (liste complète sur le site de l'alliance pour le dimanche).

Le référendum s'appuie sur une base de départ solide, la population Suisse ayant, dans l'immense majorité des cas, refusé les libéralisations des horaires de travail dans différents cantons. Souvent de manière très claire. Cette année encore, les citoyens suisses vont très probablement refuser cette nouvelle tentative de libéralisation des horaires d'ouverture des magasins.

Cette motion de Christian Lüscher risque d'engendrer de nombreuses conséquences néfastes. Je pense tout d'abord aux travailleurs concernés qui devront travailler de nuit et le dimanche. Revenons aussi sur l'argument, avancé par certains élus de droite, comme quoi seuls les volontaires suivront ces horaires. Il est indéniable que les gérants des stations-service imposeront ces horaires à tout leur personnel en priant les opposants de prendre la porte et, pour palier les licenciements, ils engageront ceux qui veulent travailler dans ces conditions encore plus difficiles. La mesure risque ainsi de laisser place aux licenciements abusifs.

De plus, les conditions de travail dans le commerce de détail sont déjà assez difficiles, à bien des égards : travail stressant, pression quotidienne, salaires en dessous de 4000.- pour un temps plein ainsi qu'une faible protection en cas de licenciement. J'ajouterai que cette mesure risque d'entraîner d'autres secteurs vers des horaires de nuit, tels que la sécurité, le nettoyage ou encore la livraison. Précisons aussi que cela n'augmentera bien sûr pas le pouvoir d'achat des consommateurs et ne servira qu'à favoriser les stations-service « performantes », aux conditions de travail déjà difficiles.

La réflexion doit bien sûr se faire par rapport au modèle de société que nous voulons construire ensemble. La consommation fait partie de notre vie, mais nous ne devons pas en devenir prisonniers et trop dépendants. Une société du tout « tout de suite » et à tout moment n'amènerait que des problèmes, en matière de pollution, de bruit et de conditions de travail. De plus, nous risquons de voir les (derniers) magasins de proximité déserter nos villes, au détriment des temples de la consommation, situés en périphérie des villes et accessibles seulement en voiture.

Évidemment, n'oublions pas les conséquences politiques de ces mesures. La première se cristallise par le référendum en cours (délai référendaire : 7 avril 2013) qui, une fois les signatures récoltés, sera soumis aux citoyen-ne-s, probablement à l'automne. D'un autre côté, suite à ces mesures, des libéralisations plus larges seront proposées par les partis. Cela a déjà été le cas cette année. En effet, les Verts libéraux, tout en critiquant les conséquences environnementales de l'élargissement des horaires d'ouverture des stations-service, ont proposé d'étendre la mesure à tous les commerces et services d'une superficie inférieure à 120 m2 ! Par souci de concurrence déloyale face aux petits commerces disent-ils. En sachant pertinemment, comme le gouvernement l'a mentionné, qu'une grande partie de ces commerces sont déjà exemptés de l'interdiction nocturne et dominicale. Heureusement, cette mesure a été rejetée par le Conseil Fédéral qui a souligné le caractère ciblé de ces mesures (stations-service, tourisme). Le risque principal est de voir des libéralisations exigées pour palier à une « concurrence déloyale » engendrée par de premières libéralisations. Pour contrer cette logique infernale, le référendum en cours, couplée à une campagne d'information générale, sont les seuls moyens de faire entendre la voix de la raison.

Le plus ridicule à mes yeux est le manque de courage et d'honnêteté politique de la part des adeptes du libéralisme économique. En politique, nous nous devons de défendre et de faire avancer nos idées de manière démocratique et critique. Ces élus doivent donc assumer publiquement leur dogmatisme libéral, les décisions se feront ensuite à l'aide des outils démocratiques.

Je terminerai en soulignant l'importance du référendum et de l'après votation, quelque soit l'issue référendaire. En plus du vote, nous devons rester vigilants car de nombreuses mesures risquent d'être acceptées discrètement, tels que l'ouverture plus généralisée au travail du dimanche. D'autres tentatives mesquines pour étendre la modification à tout le commerce de détail risquent d'arriver, et ceci, probablement par la porte arrière...

Certains parlementaires se veulent les grands défenseurs des droits des consommateurs à travers ces mesures. Mobilisons-nous derrière ce référendum pour combattre cette mesure et montrons que les consommateurs ne veulent pas de ces libéralisations, qui ne font que du tort au vivre-ensemble helvétique, déjà menacé par des attaques parlementaires dans le domaine de l'asile. 

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