UA-88487629-1

22/02/2017

Une nouvelle donne à gauche

Publié initialement le 7 février sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris. Bonne lecture !

--

Il y a une semaine, la large victoire de Benoît Hamon au 2ème tour de la primaire de la belle alliance populaire (PS et alliés) a potentiellement relancé les chances de la candidature socialiste à la présidentielle. Bien plus que cela, la victoire de sa ligne écolo-sociale, à des années-lumière du quinquennat en cours, relance l’idée d’une alliance de programme à gauche en vue des législatives et d’une éventuelle candidature commune à la présidentielle.

Les socialistes proches de Hamon, les écologistes réunis autour de Yannick Jadot et les communistes, soutiens de Mélenchon pour la présidentielle, semblent privilégier cette option. Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, conscient de l’importance du moment politique, ne la rejette pas d’emblée. Cette stratégie politique semble être le seul moyen en vue d’une possible présence de gauche au 2ème tour de la présidentielle. Mais surtout, et c’est le plus important, en vue d’une refonte à gauche au delà des partis politiques.

La victoire surprise de Benoît Hamon à la primaire du parti socialiste sonne comme un rappel de la place, indispensable, des idées en politique. La direction du PS français et son approche gestionnaire, rassemblée derrière Manuel Valls, est tombée de haut. Un parti politique, une candidature ne peuvent pas être simplement organisés en vue de l’accession au pouvoir. On retrouve, sur ce point, les affres des années Mitterrand.

La campagne de Benoît Hamon, éloignée du culte présidentielle et critique du quinquennat libéral de François Hollande, s’est axée sur des thèmes oubliées par les dirigeants socialistes successifs. Débat sur le rapport au travail – autour de l’idée du revenu de base, approche écologiste des problèmes quotidiens, défense résolue des services publics ou appel à en finir avec la monarchie présidentielle.

On a bien vu l’embarras des dirigeants du parti – défendeurs du bilan du quinquennat Hollande – tant la présence de ces thèmes était inimaginable dans la partition solférinienne. Pris de court et dépassés par une mobilisation importante d’une partie de l’électorat de gauche, l’appareil socialiste s’est pris une claque à laquelle ils ne s’attendaient pas.

Cette victoire a ouvert un nouveau champ des possibles. Depuis une semaine, les déclarations et rencontres se suivent et se ressemblent. Comme le dit avec justesse ce matin Yannick Jadot sur Europe 1, « l’étape d’un éventuel rassemblement des candidatures n’est pas secondaire mais est seconde, la priorité c’est de bâtir un projet d’espoir. ». Et c’est bien la force amenée par la qualification de Benoît Hamon : d’abord les idées, le projet commun, avant d’aborder la question des candidats et leurs égos de « chefs » de partis.

Bien entendu, le Parti socialiste n’est pas subitement devenu écologiste. Bien sûr, la vision européenne de Mélenchon n’est pas celle de Jadot. Et, évidemment, les trois candidats n’ont pas la même vision de la politique de défense ou de la politique sociale. D’où la nécessité d’un socle commun, centré sur les mesures nécessaires au bouleversement politique.

Tabler sur un accord autour de mesures fondamentales semble ainsi être la meilleure approche. Trois propositions semblent se dessiner : le passage à la VIe République, fondement même de toute réforme démocratique, avec la mise en place de la proportionnelle à toutes les élections ; la sortie du nucléaire datée et lancée au 1er jour de la victoire, pour une France 100% renouvelable ; une refondation de l’Europe face aux politiques d’austérité, base même de toute alternative politique.

Un accord comprenant ces mesures a des chances de réunir les différents candidats et de mobiliser les militants des mouvements qu’ils représentent. Bien plus, cela pourrait réunir des milliers de militant-e-s et de citoyens engagés derrière ce programme commun. Au delà des appareils politiques dépassés. Concrètement, cela doit se faire le plus vite possible, d’ici la fin du mois pour avoir une chance de réussir.

Bien entendu, une clarification nette de Benoît Hamon s’avère nécessaire. Personne ne peut en effet imaginer un programme de gauche commun réuni derrière, parmi d’autres, des candidats comme Myriam El-Khomri, le ministère de l’intérieur Jean-Jacques Urvoas, Jean-Christophe Cambadélis ou le Vallsiste comme Jean-Marie Le Guen ?

Cela est inconcevable. D’où la nécessité de clarifications de la part de Hamon : choisit-il de réaliser un grand écart au sein du PS en donnant des garanties aux libéraux et en diluant ses propositions ou alors osera-t-il tenter une refonte complète de la gauche française ?

Cependant, il est nécessaire de précéder toute discussion sur les candidat-e-s, à la présidentielle comme aux législatives, par un débat sur les mesures communes. Le cas échéant, il est difficile d’imaginer Myriam El-Khomry faire campagne dans le XVIIIe arrondissement de Paris pour l’abrogation de la loi travail qui porte son nom. Un accord sur les mesures politiques forcera les personnalités à faire leur propre clarification. Celles et ceux qui se sentiront plus proches du libéral Emmanuel Macron – et qui ne l’ont pas déjà rejoint – n’auront alors plus qu’un pas à faire.

La balle est dans le camp de Hamon et Mélenchon en vue des législatives et de la présidentielle. Ce dernier osera-t-il tenter le pari d’un programme de majorité avec Hamon et Jadot ? Ce qu’il a refusé d’entrée en 2012, contrairement aux écologistes. Bien entendu, le quinquennat Hollande a plus que refroidi les partisans de cette option. Cependant, Benoît Hamon s’est imposé par une campagne écolo-socialiste engagée et semble saisir l’enjeu historique qui s’ouvre pour la gauche française. Une alternative démocratique, écologiste et solidaire semble possible.

Quelque soit l’issue de ces discussions, le résultat de la primaire socialiste a signé le retour des idées en politique. Trop longtemps mise de côté par le Parti socialiste, des millions de français retrouvent ce qui a été au cœur de l’histoire des mouvements socialiste et marxiste, puis de l’écologie politique et des mouvements altermondialistes ; la question sociale.

Bouleverser les rapports de production, répartir les richesses et construire un modèle démocratique où chacun-e trouve sa place, en mettant l’environnement naturel et la santé de chacun-e au cœur du projet politique. Cette période de repli identitaire et d’incertitude globale sonne comme un appel à la mobilisation générale, en France comme ailleurs.

Enfin, comme l’écrit Jean Ziegler, l’émergence d’une société civile planétaire ouvre une nouvelle donne dont la force de transformation sociale peut s’avérer hors du commun : « La nouvelle société civile planétaire n’obéit ni à un comité central ni à une ligne de parti. L’impératif catégorique du respect de la dignité humaine de chacun est son unique, mais puissant moteur. »

hamon-meacute-lenchon-jadotnbsp-une-alliance-est-elle-possible-8239.jpg

04/12/2016

Nucléaire : une courte défaite, et après ?

 

Après quelques jours à tête plus reposée, j'aimerai revenir brièvement sur la votation à propos de la sortie programmée du nucléaire. La campagne a été longue, intense et pleine d'événements imprévus. Tout ceci dans un contexte énergétique inédit et en pleine transition.

Vous le savez peut être, je faisais partie de l'équipe de campagne et l'ai coordonnée en Suisse romande, avec une équipe du tonnerre composée de Christian van Singer, mon collègue porte-parole de Sortir du nucléaire ainsi que Mathias Schlegel et Regula Guevara, respectivement porte-parole et responsable des bénévoles chez Greenpeace.
Sans oublier bien sûr les personnes qui ont coordonné cette campagne dans les différents cantons, sans qui rien n'aurait été possible. Elles et ils se reconnaîtront, les bons résultats dans les régions francophones leur doivent beaucoup. Nous nous appuierons sur ces majorités pour accélérer la transition énergétique locale vers le 100% renouvelable.

Centrales à l'arrêt et déficitaires, symboles d'un modèle énergétique en fin de vie

La campagne aura fait connaître la situation sécuritaire inquiétante des centrales nucléaires suisses. Apprendre que Beznau I, plus vieille centrale en activité au monde, et Leibstadt, la plus « jeune » et plus puissante centrale du pays, sont à l'arrêt tout l'hiver montre que notre parc nucléaire vieillissant déraille. Le pari irresponsable des exploitants de les faire tourner pendant 60 ans ou plus va très probablement s'avérer intenable.

Le contexte énergétique européen, de surproduction électrique égal à 30 fois la production nucléaire suisse, modifie la donne pour le business model helvétique. L'opération qui consiste à importer du courant bon marché, et sale, afin d'exporter notre hydraulique vers l'étranger et réaliser une marge financière, n'est plus rentable vu le bas niveau historique des prix de l'électricité.

Ce qui se joue maintenant est une lutte entre hydraulique et nucléaire. Ce n'est pas pour rien qu'après avoir essayé de vendre ses centrales nucléaires à des électriciens étrangers puis à la Confédération, Alpiq annonce maintenant être prêt à céder ses participations dans les barrages.

Brader le patrimoine hydraulique alors que, quand elles fonctionnent et produisent du courant, les centrales sont déficitaires ? Il n'en est pas question.
L'engagement des exploitants hydrauliques grisons en faveur de l'initiative et le score plutôt bon obtenu en Valais illustrent bien cet enjeu crucial pour l'approvisionnement électrique du pays.

Les promesses rendent les fous joyeux

Il y aurait beaucoup à dire sur la teneur des débats. Dans l'argumentation des opposant-e-s à l'initiative, deux éléments principaux sont à souligner. Premièrement, tous les opposant-e-s à l'initiative ont affirmé à longueur de débats et interviews que la sortie du nucléaire à terme – sans savoir lequel – était un fait acquis. Deuxièmement, l'attachement, feint ou bien réel, à une production électrique faiblement émettrice en CO2 a été au centre du débat. À nous de rappeler ces promesses à l'avenir et ce dès le vote sur la stratégie énergétique probablement en mai 2016. Cependant, et c'est bien connu, les promesses rendent les fous joyeux. Personne n'est naïf. Nous restons vigilants.

Sécurité à renforcer et transition énergétique par le bas

Un renforcement drastique de la surveillance des centrales est maintenant indispensable. La présence, à confirmer, de l'organe de sécurité des centrales (IFSN) aux prochaines séances de la commission de l'énergie serait encourageante à ce niveau là. Le redémarrage de la centrale de Leibstadt, dont les barres de combustible sont sévèrement rouillés, ne peut se faire que si elle est accompagnée de mesures strictes et d'une transparence totale. Quant à Beznau I, son redémarrage ne peut être autorisé par l'IFSN. La plus vieille centrale en activité au monde, à l'arrêt depuis bientôt deux ans, n'a qu'une seule place digne de ce nom : dans un musée !
Après une campagne axé sur la crédibilité de l'organe de sécurité et le sérieux du suivi des centrales en Suisse, le redémarrage de Beznau I serait une provocation inacceptable.

Enfin, les plébiscites en faveur de l'initiative dans les grandes et moyennes villes souligne une volonté claire. Celle d'une transition énergétique ambitieuse, construite par le bas. Les engagements et réussites d'ores et déjà réalisés par les villes romandes montre que cela est possible.

Nous nous engagerons afin que la transition vers un approvisionnement électrique 100% renouvelable et la nécessaire réduction drastique de la dépendance aux énergies fossiles s'accélère encore ces prochains mois et années.

Alors que le nucléaire décline partout, la transition énergétique est en marche. Sur le marché européen, chaque 18 jours se construit l'équivalent en capacité de production renouvelable de la centrale de Mühleberg. La Suisse a pris du retard vis à vis de la plupart de ses voisins. Ne loupons pas, de manière définitive, le train de la transition vers les renouvelables !

La décision de la commission du Conseil des États d'aller dans le sens, encore timide, d'une moins grande largesse vis à vis des importations de courant sale est positive. La prochaine étape est simple : une taxe sur l'importation de courant sale, nucléaire et charbon, doit être mise en place. Cela aiderait à financer la transition énergétique en Suisse et donnerait un coup de pouce important aux barrages en difficulté. Vu la campagne climat friendly faites par nos opposant-e-s pendant des mois, cela ne devrait être qu'une formalité...

Vous vous en doutez, les prochains temps vont être intenses et décisifs. Gagner le vote probable sur la stratégie énergétique 2050 sera la première étape à ne pas manquer.

Un énorme merci à toutes et tous pour votre engagement dans cette campagne. Nous n'avons pas gagné, malgré les scores positifs dans les régions francophones. La prochaine fois sera la bonne, une nouvelle génération a repris le flambeau !

Barrigue passoire Beznau.jpg

 

17/02/2015

JDC et JVerts contre la fracturation hydraulique

Les deux partis de jeunes veulent interdire la recherche de ressources fossiles par la fracturation hydraulique (fracking). La technologie fait courir des risques incontrôlables pour le château-d'eau sensible qu'est la Suisse. Actuellement la législation suisse apparait comme rafistolée, l'incertitude juridique existe. Jeunes Verts et Jeunes démocrates chrétiens appellent la Confédération et les cantons à une intervention coordonnée.

L'intérêt pour le procédé dit de „fracturation hydraulique“ dans la recherche de gaz de schiste a atteint la Suisse. D'un point de vue juridique, la Suisse n'est pas préparée à cet assaut. Quelques cantons ont réagi avec des interdictions ou des moratoires. Cependant la fracturation ne tient pas compte des frontières cantonales ou nationales, comme le projet du lac de Constance l'a montré.
Les deux partis de jeunes demandent par conséquent que les cantons, dans le cadre d'un concordat, réalisent une interdiction commune et que la Confédération ait la possibilité d'intervenir dans les régions proche des frontières. La géothermie ne doit pas être concernée par l'interdiction.

Lors de la fracturation hydraulique de grandes quantités d'eau et de produits chimiques sont injectés sous haute pression dans le sous-sol. Grâce aux fissures provoquées dans la roche, le gaz enfoui peut être extrait. Ce cocktail chimique menace fortement les naphes phréatiques et les eaux de surface. Vu la dimension de la Suisse un seul „faux-pas“ pourrait avoir des conséquences gravissimes. Le château d'eau suisse ne peut se permettre des pratiques aussi risquées pour l'environnement naturel.

Une interdiction conséquente garantirait une sécurité juridique et d'investissement pour les Cantons, les sociétés d'extraction et la population. De plus, une motion de Martin Neukom (Verts) sera bientôt débattue au Grand conseil zurichois. Le gouvernement recommande son rejet avec des arguments cousus de fil blanc.

Pour les Jeunes Verts et les JDC, il est clair que le thème doit encore franchir une étape et être discuté sur la scène politique nationale. Début décembre une étude de la Commission fédérale de géologie CFG a écarté le Fracking. Elle plaide aussi pour une solution globale à l'échelle fédérale. Jusqu'à maintenant le Conseil fédéral ne s'est pas exprimé à ce propos.
Les partis de Jeunes exigent une prise de parole du Conseil fédéral qui exclut la technologie de la fracturation hydraulique comme élément de la stratégie énergétique 2050.
En plus des risques de pollution des eaux, la recherche de ressources fossiles va totalement à l'encontre du tournant énergétique. Une motion de la conseillère nationale Aline Trede relayera expressément cette demande aux chambres.

Ilias Panchard, Co-Président Jeunes Vert-e-s Suisse: „Les dommages catastrophiques causés par la fracturation hydraulique sont visibles aux Etats-Unis. Seule une vaste interdiction peut empêcher que la Suisse fasse, elle aussi, cette erreur dramatique.“

Jean-Pascal Ammann, Président des JDC Suisse: „Nous sommes convaincus que les partis de jeunes doivent faire plus d'alliances. Pour l'environnement, la sécurité doit être la priorité et nous nous engageons ensemble dans ce but.“

Martin Neukom, député Vert Zurich: „Les systèmes incitatifs représentent une solution appropriée à de nombreux problèmes environnementaux. Le fracking est par contre tellement dommageable que seule une interdiction s'avère conséquente.“

Adrian Moser, président des JDC Canton de Zurich: „L'extraction de ressources fossiles va totalement à l'encontre du tournant énergétique. La ressource la plus importante de la Suisse est l'eau, il faut s'en soucier en conséquence !

01/02/2015

Bike to Paris: pédaler pour le climat

Agir avant que le climat ne change: la conférence de l’ONU à venir sur le climat en décembre 2015 à Paris offre une dernière chance pour un traité remplaçant le protocole de Kyoto qui expire bientôt. Les effets du changement climatique sont dévastateurs et la réponse politique est lente. Les Jeunes Vert-e-s donnent l’exemple pour une protection active du climat et, en décembre, pédaleront ensemble jusqu’à Paris.

L’objectif est ambitieux, le message est clair: un tour en vélo avec au minimum 50 personnes en décembre 2015 comporte un certain défi logistique. Afin de prévenir d’un réchauffement planétaire de 2°, il y a un grand besoin d’innovations et d’idées créatives et la Suisse doit mettre en oeuvre d’ici à 2050 un approvisionnement en énergie renouvelable. En outre, la Suisse doit soutenir les pays qui ont peu contribué au changement climatique, mais agir fortement sur ses conséquences.

Papier de position climat des Jeunes Vert-e-s Suisses


Il y a besoin de tout le monde

Des déclarations claires au sujet des changements climatiques ont été faites au cours des derniers jours au WEF de Davos par de nombreux responsables politiques et économiques. Par exemple, l’ancien vice-président Al Gore annonçait, conjointement avec le musicien Pharell Williams, une série de concerts „Live Earth“ uniques en 2015. Avec ça ils veulent envoyer dans le monde entier un signe contre le changement climatique.

Pour combattre les difficultés liées au changement climatique et les maintenir sous contrôle, il faut l’effort de toutes et tous. Cela inclut, aux côtés des politiques et des organisations environnementales, l’action de chaque individu. „Bike to Paris“ ne représente donc pas uniquement une action des Jeunes Vert-e-s, c’est l’engagement de tous les citoyen-nes qui s’engagent activement pour une protection efficace du climat. Sont planifiées, en plus du tour de Suisse, des excursions à vélo dans plus de dix autres pays européens.

Les Jeunes Vert-e-s font maintenant part de leur projet à d’autres organisations pour faire avancer l’idée de "Bike to Paris".

Velo_Bike_Paris.jpg

19/01/2015

Climat: une mobilisation citoyenne se prépare

La protection du climat est bien éloignée de nos préoccupations de tous les jours. Peu concrète, les enjeux qui en découlent semblent plus une affaire d'experts négociateurs que celle des citoyens, alors que les changements climatiques affectent la vie quotidienne de plus en plus de citoyens.

Notre environnement commun se dégrade de jour en jour. Hélas, la planète a déjà dépassé plusieurs de ses limites tant climatique qu'en terme de biodiversité ou de couverture forestière. Les dernières prévisions climatiques, au dessus des 2° d'augmentation de la température moyenne, font froid dans le dos. Une telle augmentation aurait des impacts conséquents sur notre environnement : montée du niveau des océans, sécheresses ou précipitations accrues selon la latitude, acidification des océans et fonte des glaciers en sont les plus inquiétants.

À cela, la surconsommation et la baisse du prix du baril n'arrange rien. Nous vivons dorénavant à crédit plus de quatre mois par année, ce qui ne laisse plus le temps à la régénération des ressources. De plus, l'accès à un pétrole moins cher risque de freiner la transition énergétique ainsi que l'émergence d'une société post-pétrole.

Ces dernières années, la participation aux négociations et les pressions des organisations écologistes ont montré leurs limites lors des dernières conférences. Il est maintenant important que la mobilisation citoyenne prenne le relais comme en décembre dernier lorsque des centaines de milliers de personnes de par le monde sont descendues dans les rues pour exiger une politique climatique ambitieuse.

La mobilisation passera aussi par la démonstration que les alternatives existent. À ce titre, le projet Alternatiba est un bon exemple. Dans près de 60 villes de France, mais aussi dans la région lémanique, des villages de la transition écologique verront le jour afin de présenter les alternatives concrètes aux énergies fossiles, à la surconsommation ou à l'agriculture intensive.

Aux Jeunes Vert-e-s, nous serons mobilisés, présents à Genève dans le village de la transition organisé par Alternatiba Léman mais aussi à Paris avec nos camarades des Jeunes Écologistes et des dizaines de milliers de citoyens qui construisent le monde post-carbone au quotidien.

Enfin, nous serons plusieurs à faire le trajet Berne-Paris à vélo. Je serai de la partie, les enjeux en valent bien la peine, même en plein mois de décembre !

 

alternatiba007.jpg

https://alternatiba.eu/

01/12/2014

Sécurité nucléaire: les acteurs se renvoient la balle

À l'heure où le parlement débat de la sortie du nucléaire et détaille sa stratégie énergétique pour les prochaines décennies, il est opportun de se demander qui est réellement responsable de la sécurité des centrales nucléaires et de questionner le rôle des différents acteurs. Qui plus est alors que ce même parlement semble prêt à prolonger la durée de vie des centrales à plus de 60 ans.

L'inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), soumis à la surveillance du Conseil fédéral, est responsable de la sécurité des centrales nucléaires. Hélas son indépendance et le bien-fondé de ses décisions laissent songeur. De plus, les différents acteurs se renvoient la balle de la responsabilité, un véritable « ping-pong à quatre ». Le Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC) n'assume pas ses responsabilités politiques et renvoie vers l'IFSN. Ce dernier s'en remet au DETEC etau Conseil fédéral, organe censé le surveiller. La justice renvoie vers l'IFSN et ne considère pas être apte à décider de limiter l'exploitation d'une centrale. Enfin les exploitants des centrales renvoie à l'IFSN et tentent de limiter au maximum les travaux d'entretien.

Le problème réside dans la crédibilité et l'indépendance de l'IFSN. Les personnes critiques du nucléaire n'y sont pas représentées et le revenu de ses membres y est insuffisant, obligé d'exercer une activité professionnelle à côté. Leur indépendance est ainsi loin d'être garantie. Il est temps d'avoir un anti-nucléaire à la présidence de l'IFSN, sa crédibilité s'en trouverait renforcée. Martin Neukom, ancien président des Jeunes Verts et ingénieur spécialiste du photovoltaïque, avait fait acte de candidature dans ce sens en 2011.

Depuis l'accident nucléaire de Fukushima, l'IFSN communique tardivement et selon un calendrier politique. Les exemples sont nombreux. Le 14 août dernier, un arrêt d'urgence du réacteur s'est produit dans la centrale nucléaire de Mühleberg. L'IFSN a attendu le 22 novembre, soit le lendemain de sa conférence de presse concernant les mesures de sécurité de la centrale, pour publier l'information en ligne.

L'inspection doit absolument, comme c'était le cas avant Fukushima, annoncer publiquement les éventuels incidents dans un délai de vingt-quatre heures. Dans un domaine aussi sensible et potentiellement dangereux que le nucléaire, la transparence doit être la règle. Il est totalement inacceptable que l'IFSN camoufle des incidents.

Certaines positions de l'IFSN remettent en cause tant la qualité de son expertise scientifique que son indépendance. En effet, avant Fukushima l'inspection considérait que la durée de vie maximale d'une centrale devait être de 40 années, 50 au grand maximum. Or, suite aux débats actuels en commission de l'énergie, l'inspection considère maintenant que leur durée de vie peut être prolongée à 60 ans, si ce n'est plus. Ce changement majeur, ouvrant la voie à une durée de vie illimitée de centrales déjà vieillissantes, illustre sans commune mesure le manque de crédibilité de l'IFSN. Les intérêts économiques importent plus que la sécurité des citoyens et notre avenir énergétique à long terme.

L'exemple récent de Mühleberg permet aussi de comprendre le poids des exploitants et l'absence de prise en compte du risque par l'IFSN. Suite à la décision du Tribunal fédéral, les forces motrices bernoises ont obtenu une durée d'exploitation illimitée. L'IFSN a listé les travaux de maintenance devant être effectués dans la centrale. Jugeant l'investissement trop important, les FMB ont annoncé la fermeture de la centrale d'ici 2019, négociant au passage les travaux à effectuer. Ce marchandage est scandaleux, c'est au département de Doris Leuthard d'intervenir sur cette question avant qu'un accident ne survienne. Sous pression, l'IFSN va édicter de nouvelles mesures début 2015, mais rien ne garantit la sécurité de la centrale d'ici là.
Je me rappelle que lors de sa délibération sur le cas Mühleberg, le juge-rapporteur du Tribunal fédéral, Hans Georg Seiler, avait déclaré «
en matière d'énergie nucléaire, la législation fédérale n'impose pas le risque zéro ». Hélas, à Mühleberg le risque sanitaire s'avère bien plus important.

Le cas de la centrale de Mühleberg illustre le fait que, bien que cela paraisse insensé et effrayant, personne ne peut imposer l'arrêt rapide d'une centrale nucléaire qui ne respecte pas la mise en oeuvre des injonctions de l'IFSN. Même en cas de risques avérés pour la population, les recours restant possibles, la décision finale peut prendre un certain temps, aux dépens de la sécurité collective.

Cette absence de réel pouvoir décisionnel est une illustration de plus de ce « ping-pong des responsabilités », aucun organisme ne voulant assumer son rôle en défendant la collectivité plutôt que les juteux intérêts économiques des exploitants.
Il est scandaleux qu'une centrale nucléaire puisse continuer à fonctionner alors qu'elle refuse de mettre en oeuvre les exigences de l'IFSN, représentant par conséquent un danger réel et imminent pour la population et l'économie suisse.

Les récents élargissements des périmètres de distribution de pastilles d'iode montre bien que les autorités n'excluent pas qu'un accident nucléaire puisse survenir. Ces risques réels aux conséquences potentiellement catastrophiques, soulignés par mes collègues, doivent maintenant mener à des décisions politiques courageuses.

La sortie du nucléaire risque d'être retardée par le parlement, sous pression des lobbys pro-nucléaire et de l'économie. Personne n'ose prendre ses responsabilités étant donné les enjeux économiques importants et les différents acteurs ne cessent de se renvoyer la balle.

La question est de savoir si l'on est prêt à accepter les conséquences d'un éventuel accident nucléaire ou pas. Ce sera au peuple d'y répondre.
--
Mon exposé lors de la conférence de presse "Nucléaire: pas de prolongation" de l'association Sortir du nucléaire ce matin à Berne.