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09/12/2016

Pour en finir avec les débats entre hommes


Dorénavant, je décline les invitations à des débats qui ne comportent pas au moins une femme parmi les intervenant-e-s. Les hommes doivent, eux aussi, s'engager pour garantir la parité en politique !

Annoncée hier sur les réseaux, cette décision simple est le fruit d'une réflexion plus globale sur les questions d'égalité. En plus de sa symbolique, ce type d'annonce peut avoir un impact important sur la parité dans les débats politiques si une majorité d'élus et de personnalités politiques adopte activement la même démarche.

Malgré des avancées générales dans le débat public des questions de parité et, plus globalement de l'égalité hommes-femmes, la situation n'évolue hélas guère ces dernières années.

Le pourcentage d'élues dans les parlements stagne en Suisse. Les partis politiques portent bien sûr une responsabilité majeure dans le choix de leurs candidat-e-s en décidant, très souvent, de ne placer que des hommes aux places éligibles et de ne pas alterner les candidates et candidats sur leurs listes électorales.
À mes yeux, l'alternance homme-femme sur les listes devrait être obligatoire. Cette mesure fait partie des mesures minimales qui doivent maintenant être prises.

 

Revenons maintenant à la composition des débats politiques. Depuis quelques années, je remarque généralement une faible présence de femmes politiques ou d'expertes aux débats auxquels je participe.

Les exemples seraient nombreux, voilà le dernier en date : dans la campagne sur la sortie par étapes du nucléaire, lors d'un débat à l'EPFL, me voilà invité à un débat face à un représentant d'EconomieSuisse et deux chercheurs du campus lausannois, tous deux experts de la question. Quatre intervenants. Aucune femme.

On pourrait penser que la présence de femmes politiques ou d'expertes dépend simplement du thème débattu. À mon avis cela n'explique pas tout. Et n'excuse en rien cette pratique, au contraire. Le problème est tant structurel que culturel, et c'est là où le bât blesse.

En effet, alors que par exemple le nombre de diplômées dans les sciences de base et les domaines dits techniques est en augmentation constante, le nombre de professeures titulaires tarde à suivre la même évolution. De même, le nombre d'élues engagées, et écoutées (médiatisées devrait-on dire) sur ces questions s'avère relativement faible.

Les débats autour des questions militaires ou de l'aménagement du territoire suivent globalement la même tendance. Tant pendant la campagne pour la fin de l'obligation de servir que celle sur l'achat des avions de combat Gripen, je n'ai participé qu'à des débats avec un ou plusieurs intervenants hommes. Pareil sur les questions de service civil, mais bien entendu l'obligation de servir appliquée seulement aux hommes peut expliquer en partie cela.

 

Il est bien sûr difficile de tirer des conclusions globales à partir de quelques dizaines d'interventions publiques « problématiques » de ce point de vue là. Je n'avance ainsi aucun chiffre, ni aucune tendance précise. Cependant, les réactions sur les réseaux sociaux montrent que ce constat est partagé par de nombreuses personnes.

La raison de ce « coup de gueule » est simple : quel message envoyons-nous aux jeunes de ce pays ?

Que les filles seraient faites pour s'occuper des questions sociales, de santé publique et du monde de la culture, pendant que les hommes débattent du sauvetage des banques, des caractéristiques des avions de combat que le pays doit se procurer ou de comment réaliser la transition énergétique ?

Très peu pour moi, cette répartition archaïque n'a aucun sens. Toutes ces questions sont importantes et concernent l'ensemble de la société. Elles doivent être réglées collectivement, selon les visions politiques et intérêts personnels de chacun, et non chapeautées par une conception paternaliste de la politique.

La question est bien sûr plus large et des objectifs doivent non seulement être fixés mais atteints à l'aide de mesures ambitieuses et contraignantes : garantir un temps de parole équitable entre hommes et femmes lors des débats, atteindre l'égalité salariale et la répartition des tâches ménagères tout comme déconstruire collectivement la société machiste dans laquelle nous vivons.

Les occasions étant hélas tellement nombreuses, nous aurons le temps d'y revenir. D'ici là, mobilisons-nous pour qu'un nombre croissant d'hommes se saisissent à bras le corps de ces questions. Face à une inégalité institutionnalisée, l'engagement de toutes et tous s'avère nécessaire.

Il ne s'agit pas de détails mais bel et bien de la société que nous montrons et allons léguer aux plus jeunes : celle du paternalisme en politique, de la violence machiste et des discriminations ou celle de l'égalité hommes-femmes, de la liberté solidaire et des rêves les plus fous. Mon choix est fait.

 

 

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