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12/02/2013

On ne joue pas avec la nourriture !

 

Après la crise alimentaire de 2007-2008, une ruée sur les terres arables du continent africain a eu lieu. La superficie acquise annuellement par des groupes étrangers a été multiplié par quinze, passant de 4 millions d'hectares par année entre 2000 et 2008 à plus de 60 millions pendant l'année 2009. Hélas ce phénomène s'installe et s'amplifie durablement. Ainsi, le Sud-Soudan a vendu 600'000 hectares de terres arables à une société texane en 2008, soit la superficie du canton de Berne. Que dis-je, les terres ont été bradés, à 3 centimes l'hectare, on vise le cadeau du siècle. Avec agriculture et exploitation de ressources ( bois, agrocarburants, eau) à la clé, dans un pays venant d'accéder à son indépendance sur fond de conflit quant aux ressources pétrolières.

Les pays concernés par ces ventes de terres arables et ces investissements dans les produits agricoles vont du Soudan, au Guatemala en passant par Madagascar ou le Congo. Ces contrats, malgré les promesses des groupes étrangers, ne servent que très peu les intérêts locaux. En effet, même dans le cas de terrains non-utilisés au préalable pour l'agriculture, ces groupes étrangers emploient très peu de personnel local, usent abondamment de pesticides et ne font guère attention aux réserves aquifères, souvent problématiques dans les pays de ces régions du monde, en particulier au Sahel. De plus, le contrat de « location » parle ici d'un bail long d'un siècle. Tout cela pour que cette « vente » bradée n'en soit juridiquement pas une. Mieux ne vaut pas imaginer, une fois infertiles et abandonnés, l'état des terrains et de la nappe phréatique après une si longue période d'agriculture intensive...

Les effets du changement climatique sont de plus en plus visibles. La Fonte des glaciers, les montées des océans, des températures plus élevées ou encore les dégâts dans la couche atmosphérique. Ces effets, couplées au fait que les réserves mondiales de pétroles et de gaz diminuent rapidement et à la raréfaction des nouveaux gisements, alarment la communauté internationale. Des solutions doivent être trouvées au plus vite afin d'éviter une augmentation trop catastrophique des températures terrestres. Une solution énergétique « évidente » s'est imposée et s'impose encore. Elle ne consiste ni dans un investissement important dans les transports publics, ni dans la diminution de notre dépendance aux produits pétrolifères et encore moins dans une remise en cause de nos modes de consommation. La solution consiste à remplir le réservoir de la voiture familiale avec un produit « écologique », à base de végétaux, nommé « agrocarburant ». Une belle idée, de prime abord...

Encore faut-il savoir quels végétaux sont utilisés dans la fabrication de ces carburants « d'avenir », d'où proviennent-ils et dans quels conditions sont-ils produits. Il faut préciser que, en majorité, des céréales (oui oui, celles destinées à l'alimentation, en temps normal...) sont brûlées pour produire ces carburants « verts ». Quand on sait qu'un plein de bioéthanol (50 litres) nécessite la combustion de 352 kilos de maïs, soit la consommation annuelle moyenne d'un enfant sud-américain, cet odieux green-washing a don d'en dégoûter plus d'un. Les agrocarburants, quand faire le plein devient un véritable acte criminel...

En 2008, suite à des augmentations insoutenables des prix des denrées de base (le prix du blé a par exemple doublé entre février 2007 et février 2008), des émeutes de la faim ont éclaté dans de nombreux pays. Malgré la sécheresse et l'augmentation de la consommation mondiale de viandes, ces augmentations ont, en partie, été la conséquence de spéculations sur les céréales au niveau mondial. Certaines compagnies ont maximisé leurs profits en « influençant » les prix mondiaux des matières alimentaires. De plus, certaines compagnies comme Cargill ont agi et agissent à différents niveaux sur les prix des matières agricoles. En effet, elle possède des entrepôts dans le monde entier et peut ainsi stocker de grandes quantités de riz, blé, maïs et soja lorsque le prix de vente est à la baisse. Dès que les prix augmentent, souvent à cause de la spéculation où Cargill joue aussi un rôle non négligeable, elle peut vendre ses stocks à prix d'or en utilisant son propre réseau de transport et de distribution. Un système tellement bien rodé qu'il peut paraitre irréel, et nous renvoie un parfait exemple du dit processus de la « maximisation du profit ». Pas étonnant dès lors que le chiffre d'affaires de Cargill soit parmi les plus élevés au monde, dépassant largement celui de géants sans aucuns scrupules tels que « The Coca-Cola Company » ou « McDonald's ».

Cette spéculation ayant un impact direct sur la vie de millions de personnes, elle doit cesser au plus vite. Nous devons la faire cesser, par la politique et le militantisme. Dans cette optique politique, je ne peux que vous inciter à signer et faire signer l'initiative « Stop à la spéculation » lancée par la Jeunesse Socialiste Suisse (échéance en mars 2014) qui demande l'interdiction de la spéculation sur les biens alimentaires en Suisse, ainsi qu'un engagement actif de notre pays dans la lutte au niveau mondial contre la spéculation sur les matières premières agricoles et les denrées alimentaires . C'est une étape nécessaire, et le début d'un long combat. Ce combat passera aussi par des approches latérales tels que la réduction massive du gaspillage alimentaire, sur laquelle travaillent actuellement les Jeunes Vert-e-s Suisses (Thème de campagne actuel, voir article ci-dessous, me contacter pour plus d'infos) ou par une coopération au développement axée sur la suffisance alimentaire nationale et une gestion durable des ressources locales.

Il ne serait pas honnête intellectuellement de parler de « géopolitique de la faim » sans s'attarder un instant sur la dette des pays du Sud. Là est, à mon avis, une des clés du problème. Ces pays devant des sommes colossales au Fonds Monétaire International et à la Banque Mondiale, ils se retrouvent, malgré une volonté, souvent réelle, d'investir, bloqué par le remboursement de la dette et de ses intérêts. L'exemple du Mali et de la question touareg dans la région est frappant. L'Algérie a, contrairement au Mali, développé la ville de Tamanrasset, construit des infrastructures et investi dans une université. Dans le même temps, le (Sud) Mali, croulant sous les dettes des créanciers , a progressivement abandonné le Nord du pays et, dans le même temps, les touaregs y habitant et leurs revendications sociales. Le FMI et la Banque Mondiale ont une responsabilité dans la crise malienne et la rébellion touarègue actuelle. Le développement de l'Afrique passe ainsi par une annulation, partielle ou complète, de la dette nationale des pays concernés. Une conversion de cette dette en projets de développement ou de coopération économique est aussi envisageable. L'autonomie alimentaire de ces pays passera en grande partie par un débat continental (je parle ici du continent africain) sur l'annulation de la dette, lancée en son temps par Thomas Sankara devant les délégués au congrès de l'Organisation de l'Union Africaine (Addis-Abeba, Juillet 1987).

Pour finir, la faim dans le monde doit être aussi relié à des problématiques plus globales, telles que les échanges commerciaux entre les pays du Nord et du Sud. En effet, est-il normal de continuer à utiliser l'Afrique, l'Amérique du Sud et l'Asie comme de gigantesques marchés où nous pouvons nous servir « comme à la maison » et produire nos gadgets jetables à bas prix, sans aucune responsabilité écologique et social.
Cessons enfin de cautionner le secret bancaire suisse et mondial alors que les sommes déposées illégalement par les dirigeants africains dans notre pays avoisineraient les 6 milliards de francs, soit 3 fois plus que l'aide au développement engagée par la Suisse dans ces mêmes pays...
Notre richesse ne doit plus se faire sur le dos de centaines de millions de personnes, ça n'a que trop duré !

 

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Gaspillage alimentaire - Jeunes Vert-e-s : Lien ici

Initiative JUSO - Spéculation alimentaire : Lien ICI


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26/01/2013

La politique d'asile à la merci des charognes électoralistes

 En septembre, l'assemblée fédérale a modifié, une fois de plus, la loi fédérale sur l'asile. L'idée de base, partagée par beaucoup, est de mettre en place les outils nécessaires à une politique d'asile plus efficace et plus rapide. En effet, tout le monde est d'accord pour dire qu'il n'est pas souhaitable qu'un requérant doive attendre plus d'une année avant d'être fixé sur son sort et, parfois, sur celui de sa famille. 

Cependant, le parlement considère la loi sur l'asile comme un outil de régulation et de dissuasion, et non comme un cadre clair, efficace et humain. Ce qu'elle devrait être. Les parlementaires ne le conçoivent pas, mais leur travail n'est pas de décider à la place des exécutifs, cantonaux en particulier. Quand un législatif veut faire le travail d'un éxecutif, c'est l'échec assuré. Ce ne sont pas les ministres cantonaux qui me contrediront...

Ainsi, ces décisions, qui ont été suivis par d'autres, vont de l'aberrante suppression de la possibilité de déposer une demande d'asile en ambassade à la non-reconnaissance du statut de déserteur comme motif d'asile en passant par la carte blanche donnée au conseil fédéral pour des "phases de test" dans les trois prochaines années. 

A ces trois mesures assez médiatisées, relayées et discutées, ajoutons celle qui a vu les élu-e-s se chamailler sur un "vulgaire" adjectif, entre "spéciaux" et "spécifiques". Je fais ici référence aux fameux centres pour requérants récalcitrants, crées par le parlement. Selon les élu-e-s, sont définis comme « récalcitrants », les requérants qui "par leur comportement, portent sensiblement atteinte au fonctionnement des centres d’enregistrement". De plus, la liste établie par les parlementaires laisse pantois : ceux qui se querellent, ceux qui boivent trop, ceux qui ne veulent pas être renvoyés, ceux qui dérangent (!) ou encore ceux qui ne veulent pas adopter nos habitudes de vie. La liste est aberrante, subjective, imprécise, laissant ainsi clairement place à l'arbitraire. Cette subjectivité n'a pas sa place dans une loi !

Le découpage de la loi sur l'asile a continué en décembre et continuera probablement lors des prochaines sessions, quelque soit l'issue du référendum soumis au peuple le 9 juin prochain. D'autres décisions inadmissibles ont été prises depuis, telles que la mise en place d'un entretien obligatoire avant toute procédure d'asile ou l'interdiction d'exercer des activités politiques ou militantes soumise aux requérants d'asile. Ces mesures ne serviront qu'à augmenter le nombre de déboutés (d'office), pousser à la criminalité et élargir le fossé séparant déjà les requérants de la société suisse. 

En matière de distanciation des requérants de la population, le canton des Grisons a fait fort : il a mis en place, il y a plus de 3 ans, un centre pour les requérants dits "récalcitrants". Enfin, un centre serait trop dire, il s'agit de cinq containers de 12 mètres carrés posés sur un terrain interdit d'accès aux personnes non autorisées.

Reprenons ici quelques éléments mis en évidence par le Courrier dans ce "Minimalzentrum" de la Waldau, situé à 1300 mètres d'altitude et 20 kilomètres au sud de Vaduz (article ci-dessous). Les requérants y reçoivent une aide d'urgence de 7 francs par jour, ne bénéficie d'aucune surveillance et y sont livrés à eux même. Un résident a déjà mis le feu au centre, avant qu'on daigne y installer un extincteur, et les portes des containers ne peuvent point être fermées, pas même de l'intérieur... 

Suite aux durcissements du parlement, la politique grisonne en matière d'asile risque bien d'être reprise dans d'autres cantons. Ou d'en inspirer plus d'un. C'est, apparemment, le cas du canton de Vaud qui, dans le cadre d'un projet de durcissement de l'aide d'urgence (pas encore assez dure selon certains...), a envoyé ses hauts fonctionnaires dans les Grisons pour y étudier leur « gestion » des requérants dits récalcitrants. Ainsi, selon ces touristes de l'asile, l'intérêt pour ce type de centres existe et est étudié. Ainsi, les contreforts du Jura seraient une piste pour y installer un centre pour requérants déboutés. L'aide d'urgence, des centres éloignés des habitants, du village le plus proche et de tout rapport social, ainsi sera fait le quotidien qui attend les requérants récalcitrants. Dans le respect, évident, des Conventions de Genève, cela va de soi...

 

L'exemple grison vu par le Courrier : Laboratoire de la désintégration

Commande de la brochure de Vivre Ensemble : Commande Brochure

Brochure à consulter ici (en PDF) : Brochure Vivre Ensemble

page facebook contre les centres spéciaux : Enfermez-nous avec !


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24/12/2012

La toxicomanie n'est pas un crime, c'est une maladie !

Un mur, un long mur infranchissable. Séparant deux pays intimement liés, tant au niveau historique que culturel, il empêche, en partie, le passage d'immigrants vers l'eldorado nord-américain. Haut de cinq mètres, large d'une quarantaine de mètres et patrouillé par des "milices" armées, il fait aussi partie intégrale de la lutte contre les trafiquants de drogue misant sur un marché libre de millions de consommateurs potentiels.

L'échec de cette politique répressive saute aux yeux depuis quelques temps déjà, mais un élément "comique" vient renforcer ce constat : des trafiquants de drogue mexicains ont utilisé...un canon à air comprimé (!) pour expédier leurs livraisons de plusieurs kilogrammes plus au Nord malgré le mur et ses coûts exorbitants.

L'anecdote fait sourire et montre surtout le coup d'avance qu'ont et auront toujours les trafiquants, pirates informatiques et autres terroristes en tout genre pour mener leurs actions. Dans le cas du trafic de drogue et de ses implications, intéressons-nous d'abord à la politique des drogues en vigueur dans la plupart des pays depuis plus d'une cinquantaine d'années.

En 1961, les Nations, sous l'impulsion des États-Unis, ont ratifié la "convention unique sur les stupéfiants" prônant une prohibition mondiale des drogues, qu'elles soient dures ou "douces". Deux autres conventions internationales suivront, en 1971 et 1988. Suivra la tristement fameuse "War on drugs" prise à bras le corps par le républicain Richard Nixon dès 1969, en plein massacre vietnamien. Le monde assiste alors à des idées oh combien brillantes et originales comme celle de fouiller chaque voiture en provenance du Mexique, afin de lutter contre le trafic de cannabis. Échec opérationnel, mais réussite politique, l'impact dans l'opinion public étant majoritairement positif. Ainsi, la guerre contre la drogue fut durablement installée dans l'agenda et les priorités états-uniennes, politiques et électorales.   

Les impacts de l'exportation de la méthode états-unienne au Mexique et en Colombie illustrent parfaitement l'inefficacité de cette politique des drogues. Les répercussions directes sont bien visibles actuellement : le Mexique est, dans certaines régions, livrés à une influence grandissante des cartels, alors que le peuple colombien est toujours otage d'un conflit dont les intérêts militaires et financiers dépassent largement ses frontières.

Dans le cas de la Colombie, en pleine négociations avec le mouvement des FARCs, la guerre n'a plus aucun sens dès lors que des enfants de la même famille se retrouvent face à face. L'un guérillero, l'autre paramilitaire. Ouvrons les yeux, les intérêts sont tant politiques (tant les révolutionnaires que J.-M. Santos jouent leur avenir politique) que financiers. L'aspect financier est le nerf de la guerre et il relie la Colombie, le Mexique ou le Pérou à l'Europe et aux États-Unis. N'oublions pas que, malgré le zèle idéologique des Nations Unies, la consommation de drogues n'a cessé d'augmenter. Le trafic et la corruption suivant globalement la même tendance, faut-il continuer à miser sur la même politique, répressive à tout-va ? Chercher d'autres pistes ?

Des alternatives existent déjà et ont été mises en place dans certains pays, sans voir affluer aux frontières des hordes de consommateurs réguliers. L'exemple portugais est, par bien des aspects, fort intéressant. Premièrement, il intervient dans un pays conservateur, sortant tant bien que mal de quarante années de dictature. La consommation de drogues y explose alors et va jusqu'à compter 1% d'héroïnomanes dans la population. Puis, en 1998, la décriminalisation de la consommation de drogues y est décidée, pour des raisons dites "humanistes". Consommer des drogues n'est plus un délit criminel, mais une infraction administrative. Le tribunal convoque alors ceux qui sont soupçonnés d'être des dealers et/ou possèdent une dose supérieure à dix jours de consommation. De plus, des commissions de dissuasion des drogues (CDD)  sont mises en place. Les toxicomanes sont ainsi moins victimes de stigmatisation et ont un meilleur accès aux traitements. En somme, les consommateurs ne sont plus considérés comme des criminels, mais comme des malades...

Pas de jalousie à avoir avec la politique courageuse du gouvernement portugais de l'époque, dans notre pays aussi le vent électrisant du changement se fait sentir : Lôzane bouge !              

Incroyable, je vous le jure, le fameux slogan lausannois des années 80 est de retour ! Sauf que, cette fois ci, la jeunesse n'y est pour rien. Ce qui bouge, ce sont les policiers lausannois multipliant les fouilles et les arrestations. En plein jour et aux heures d'affluence, journalistes à l'appui pour témoigner de l'efficacité des politiques aux affaires. Le parti socialiste se veut pragmatique et montre qu'il peut gérer les affaires avec sérieux, tant au gouvernement qu'à l'exécutif lausannois. Il ferait mieux de consulter une camarade comme Ruth Dreifuss, elle aussi aux affaires en son temps. Elle qui a toujours prôné et mis en place une politique intelligente reposant sur quatre piliers, de la prévention, à la répression et régulation du marché en passant par une thérapie adaptée et une réduction des risques.

La politique des drogues concerne bien des aspects de notre vie, de notre mode de vie en particulier. Que dire du stress toujours plus important, de la peur de l'échec ou de la pression mise sur les employés ?

Ma foi, la politique choisie par Lausanne et d'autres exécutifs fera ou ne fera pas ses preuves. D'ici là, je reste persuadé qu'un local d'injection bien géré couplé à une réelle prévention dans les écoles, à propos des risques liés aux drogues et à l'alcool, vaut mieux que des arrestations mensuelles médiatisées qui ne font qu'affirmer une éphémère implication politique. 

La guerre contre la drogue ayant essué de cuisants revers et amené à la perturbation politique de pays entiers sans faire baisser le trafic, la dépénalisation et la légalisation couplées à une prévention intelligente et à un suivi des consommateurs seront, à mon avis, les seules solutions durables pour enrayer le trafic et lutter contre cet important problème de santé publique. L'Histoire nous le dira. 

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La commission sur les drogues où siège Ruth Dreifuss : http://www.globalcommissionondrugs.org/about/ 

Article sur le "canon à drogues" : http://www.tdg.ch/monde/ameriques/canon-air-comprime-expedie-drogue-etatsunis/story/29450679

 

 

13/12/2012

L'indifférence tue le vivre-ensemble

Ces dernières nuits, les températures négatives sont de mise dans la région. Au matin, le gel est visible sur les trottoirs ou les voitures. Et avec le vent, la température ressentie descend encore de quelques degrés. Une situation normale pour un mois de décembre vous allez me dire, même si notre climat n'est plus vraiment dans la norme ces temps. Je ne suis pas météorologue et ceci n'est pas le sujet de la discussion de pendulaire que j'ai eu dans le train avec l'inconnu de la banquette d'en face. 

Il est difficile de s'imaginer dormir dehors par des températures pareilles, et pourtant, chacun de nous a l'occasion, plus ou moins fréquemment, de croiser des gens qui n'ont pas d'autre choix. Cette "occupation" des trottoirs, des bancs publics, des parcs ou des abords de transport (gare, aéroport) ne suscite, c'est le cas de le dire, pas d'émoi collectif. Au contraire, certains ne trouvent pas normal qu'on aide un peu ces gens dont la santé est menacée, et exigent la fermeture des abris PCi qui accueille une partie des non-logés, aberrant !

Ces "faits d'hiver" passent relativement inaperçus, dans une quasi indifférence. Autant pour moi, pas plus tard que ce matin, un journal genevois a publié un article sur un SDF "découvert" dans un quartier cossu de Genève. Preuve qu'il existe encore des humanistes parmi nous, un habitant du quartier s'est soucié de son sort et lui a apporté de quoi se réchauffer quelque peu, tandis que la majorité des gens ignoraient tout bonnement cette homme et sa situation...

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Alors que, et nous le savons, dans bien des situations, un sourire sincère, un regard non condescendant apporte un peu de réconfort. Un bonjour, un café, une poignée de mains, c'est déjà beaucoup ! En cette période de préparation des fêtes, de grands achats, de consumérisme, ne devrait-on pas partager un peu de notre temps et de notre gentillesse autour de nous ?

Cette indifférence gangrène notre société et menace le vivre-ensemble. Plus nous laisserons les riches être placés face aux pauvres, les verts face aux rouges et les suisses face aux moins-suisses, plus la vie sera difficile pour tout le monde. En particulier pour les moins bien lotis. Il est clair qu'il n'est pas simple de construire une société plus égalitaire, plus tolérante et qui laisserait une chance à chacun, mais ce combat politique n'est-il pas plus intéressant que celui qui consiste en des larmoiements perpétuels et en un rejet de tout ce qui est différent et nouveau ?

Les problèmes économiques étant de plus en plus nombreux, il serait facile de mettre la faute sur les étrangers, les frontaliers, les jeunes, les bénéficiaires de l'AI ou les politiciens. Il est de notre devoir citoyen de ne rejeter personne, de construire ensemble des majorités intéressantes en allant voter et, passons le pas, de partager nos expériences personnelles pour apprendre de l'autre. Pour cela, il faut faire l'effort d'aller vers l'autre, vers l'inconnu. Essayons, la vie devient tout de suite plus belle à vivre, pour nous et les générations futures. Ces générations qui, si nous ne stoppons ce rejet grandissant, devront vivre avec les fractures sociales et environnementales que nous créeons maintenant. À nous de nous opposer à cette indifférence grandissante, par tous les moyens...



L'article mentionné au 3ème paragraphe : http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/sdf-decouvert-malagnou-dormant-neige/story/14447621

01/12/2012

La Palestine n'est plus au ban des nations, enfin !

 

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Tout d'abord, j'ai une pensée pour Yasser Arafat et j'aurai tellement voulu qu'il puisse vivre ce moment de l'histoire palestinienne à laquelle il a tant contribué par son combat de longue haleine, jusqu'à la mort, shukran Camarade !! 


Hier soir la Palestine a obtenu le statut d'État observateur à l'ONU !


Il aura fallu attendre et lutter pendant trois générations pour cette reconnaissance (partielle) de la part de l'organisation des Nations Unies, il n'est jamais trop tard. 138 pays ont courageusement soutenu la demande de Mahmoud Abbas, président de l'autorité palestinienne. Le score est sans appel, malgré un nombre non négligeable d'abstentions (41), seul 9 pays ayant voté contre la résolution. 

L'émotion était forte, l'ampleur de l'évenement se faisait sentir, malgré la distance nous séparant de New York. Les interventions des ministres des affaires étrangères indonésien et turc ont suscité l'approbation bruyante de la salle. Ahmet Davutoglu, ministre des affaires étrangères turc, a réitéré, avec la verve qu'on lui connait et après sa visite à Gaza sous les bombes, le soutien sans faille de la Turquie à la lutte pour un État palestinien. Lorsqu'il a parlé des célébrations à venir, sa mention de différentes villes palestiniennes a, j'en suis sûr, touché et ému de nombreuses personnes, dans la salle et derrière leur écran. 

C'était un grand jour, une belle soirée, un moment d'émotion pour beaucoup de gens. C'est peu dire ! 

Politiquement parlant, Mahmoud Abbas retrouve et va retrouver une présence politique à l'internationale, qui lui manquait ces derniers temps. Dès à présent, la question des négociations va être remise sur la table et on verra quelles parties sont prêtes à négocier pour de bon. Sur ce point, le gouvernement israélien n'a plus le choix, la décision qu'il redoutait ayant été prise par le concert des Nations. 

Nous verrons donc qui a un semblant de courage politique, au niveau israélien et palestinien. La suite risque d'être compliquée, voire douloureuse, mais vu le morcellement de la Cisjordanie, il est grand temps de s'y (re)mettre dès aujourd'hui...

Quasi chaque intervenant, peu importe sa position, a souligné la nécessité de négociations bilatérales. Cela prouve, une fois de plus, que de nombreux pays sont prêts à faciliter, autant que possible, le processus de paix. J'ajouterai que, pour avoir une chance à terme, ces négociations se doivent de réunir tous les acteurs concernés, du Fatah au gouvernement israélien en passant bien sûr par le Hamas, avec en toile de fond, les sociétés civiles israéliennes et palestiniennes. 

Pour finir, une avancée dans le conflit israélo-palestinien passe aussi par une mobilisation internationale, une meilleure compréhension de l'autre, malgré son opinion radicalement différente.     À mon avis, nous nous devons de nous mobiliser en Suisse pour une société plus juste, fière de son multiculturalisme, qui laisse une place à tout un chacun. La lutte contre le racisme, l'exclusion et les amalgames qui en découlent font bien entendu partie prenante de la lutte pour le dialogue des peuples et la paix au Proche-Orient. 

29/11/2012

La jeunesse se doit de mener ses propres luttes !

 

 

"Apolitique", "pragmatique""projet de vie bourgeois" : le baromètre de la jeunesse 2012 du Crédit Suisse nous présente une jeunesse qui sait ce qu'elle veut, ne s'intéressant pas vraiment à la politique et qui n'a pas d'élan "révolutionnaire".

En effet, il ressort de ce rapport que les jeunes de Suisse ont, pour la plupart, une vision assez pragmatique. Acheter un logement, épargner et disposer d'un patrimoine personnel font en effet partie des objectifs de la majorité des jeunes interrogés.

 

Ce constat, comme d'autres avant lui, ne provoque apparemment pas (encore) de débat sur la question de la jeunesse et de son engagement dans nos sociétés. Pour ma part, cela me fait vraiment réfléchir quant à son rôle et quant à l'implication des jeunes, en ayant quelques craintes à ces propos.

En terme de participation des jeunes, un aspect m'interpelle : deux groupes distincts ont l'air de se former. Un groupe de personnes qui se désintéresse de la politique, vote peu et ne désirant pas tellement s'engager pour faire évoluer la société, tel que présenté par le baromètre du Crédit Suisse.

L'autre groupe englobe plutôt des gens qui se sentent concernés par les questions de société, qui s'engagent de diverses manières, dans des associations et/ou en politique. Si la formation de ces deux groupes paraît inquiétante en ces temps de crise, alors l'écart grandissant qui les séparent devrait nous faire bondir de notre chaise, littéralement ! 

 

En effet, un désintérêt marqué de la chose publique risque de maintenir, voire d'augmenter le taux d'abstention lors des votations, qu'elles soient communales, cantonales ou fédérales. Or, une démocratie comme la nôtre ne vit que par la participation de ses citoyens. Quand l'abstention atteint des sommets alpins, l'intérêt et l'implication de ceux qui se sont rendus aux urnes, aussi grands soient-ils, fait office de massage cardiaque. Or voulons-nous d'une démocratie directe proche de l'encéphalogramme plat, qui plus est dans un pays de pics montagneux ?

 

Cependant, évitons de tomber dans la consternation ou de partir dans un jugement biaisé. En effet, de nombreux jeunes s'engagent, avec motivation et réussite. Dernier exemple en date, il y a deux semaines, plus de 200 jeunes de toute la Suisse ont participé à une conférence qui traitait des défis futurs de l'ONU et du "bilan" des 10 ans de participation de la Suisse à l'organisation onusienne. Le sujet peut sembler loin de nos considérations quotidiennes ou alors inaccessible pour des non-initiés. Cependant, malgré la complexité, si nous voulons que nos préoccupations soient entendues et discutées, il faut les présenter, les défendre et proposer des pistes de solutions !

 

L'Histoire nous montre aussi que les jeunes se doivent d'intervenir sur la place publique, malgré les risques. Sophie Scholl et les étudiants membre de la Rose blanche se sont opposés au régime nazi, les milliers de jeunes qui ont participé aux contestations estudiantines dans les années 60 (Allemagne, France, États-Unis et Mexique entre autres) ou encore les étudiants chinois qui, en 1989, ont exigé des réformes politiques, malgré la répression. Lors de ces mouvements, il y eut des morts, des blessés et des gens condamnés, mais cela ne doit pas nous pousser à réfréner nos envies de changement, ne serait-ce que par respect pour ceux qui sont tombés. Ainsi, il vaut mieux pour la cause que ceux qui ne sont pas prêts à tout quitter pour lutter optent pour une vie plus bourgeoise, sans écarts flagrants malgré leurs convictions politiques de jeunesse...

 

L'engagement pour un idéal, parfois "au détriment" de sa vie future, n'est bien sûr pas évident, ni sans risques, mais c'est le choix le plus cohérent (avec soi même) et humaniste à mon avis. Je mentionne ici un humanisme de coeur, de terrain, non pas un humanisme d'universitaire à l'abri du danger ! Ne vous inquiétez pas, les problèmes ne manquent pas, il est ainsi facile de trouver une cause qui en vaille la peine.

Notre génération se doit de trouver ses propres repères dans la société d'aujourd'hui. Nos parents se sont opposés à la guerre du Vietnam, à nous de réagir devant le siège de Gaza ou la répression militaire en Syrie. Ils se sont mobilisés contre les essais atomiques puis se sont inquiétés du trou de la couche d'ozone, à nous de nous opposer à la privatisation des réseaux de distribution de l'eau et à la dissémination des OGM. Le pire, moi je vous le dis, c'est que nous sommes au courant de ces problèmes, tous. Pensez aux questions de vos petits-enfants, et surtout à vos réponses, désemparés et évasives. 

 

Pour le moment, ne regardons pas en arrière et concentrons-nous sur les défis présents et à venir. La jeunesse se doit de secouer la société et de mettre le doigt là où ça fait mal afin de la réveiller. Si elle n'apporte pas sa vision de la chose publique et ne prend pas part aux débats, la société se construira sans elle et sur des idées en inadéquation totale avec ses aspirations.

Le plus important est de se rendre compte que la démocratie n'est pas quelque chose de figé et n'est jamais acquise, surtout en Suisse. De plus les décisions politiques ont un impact plus que concret, à nous de choisir la société dans laquelle nous voulons vivre.

En effet, voulons-nous habiter dans un pays où les multinationales qui ne respectent pas les droits humains et environnementaux sont accueillies sur le tapis rouge, alors que, au même moment, à des milliers kilomètres de là, des réfugiés Syriens voient leur demande de séjour refusée, suite aux durcissements successifs de la loi sur l'asile, que nous n'aurions pas (tous) combattus à l'automne 2012... (merci Jo Lang pour cette "perle" !)

 

Pour terminer, dans le cadre d'une association que j'ai co-fondée avec une amie, je parlais avec un journaliste du Courrier. Pour lui expliquer la raison qui nous poussait à créer un projet malgré notre jeune âge, je lui dis simplement : Je n'ai pas besoin d'attendre la crise de la quarantaine pour agir !

Et vous ?

 

 

Ilias Panchard

Vert pastèque

 Baromètre du CS : https://infocus.credit-suisse.com/app/article/index.cfm?f...