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07/03/2013

Faire la fête, un projet politique ?

Les établissements genevois menacés de fermeture dès minuit ont obtenu leur dérogation d'ouverture prolongée au-delà de l'heure tant redoutée. Le Service du commerce a en effet estimé qu'ils ont depuis "fourni des garanties concrètes pour lutter contre les nuisances sonores". Parmi ces mesures, l'engagement de chuchoteurs a du être jugée positive par les autorités. 

Pour ma part, j'apprécie que des solutions constructives aient été trouvées, malgré le couac lors de l'annonce aux bistrotiers, alors en pleine discussion avec la Ville au sujet de la lutte contre le bruit. 

Ce problème "résolu", je me pose plutôt des questions sur l'engagement des partis de jeunes et sur les priorités de la jeunesse. En terme d'engagement, il est difficile et inintéressant d'en juger de manière généralisée. Je ne m'aventure pas trop en affirmant qu'on entend peu certains d'entre eux. Cependant, la mobilisation de ces partis a eu lieu contre la fermeture de ces 28 bars du bout du lac. Le thème est, il est vrai, bien plus porteur chez les jeunes que la libéralisation des horaires de travail ou l'élévation de l'âge de la retraite des femmes...

Cette mobilisation, que je respecte, m'a néanmoins fait bien sourire. Le fait que des jeunes se soient mobilisés ne m'étonne pas et me paraît assez normal. Cependant, en tant que jeunes partis politiques, n'avons-nous pas d'autres thèmes à défendre et à proposer à la jeunesse ?

Nous nous plaignons souvent du manque de place accordée à la jeunesse dans la société, dans la politique ou dans les médias. Cela n'est pas étonnant quand on se profile, le plus souvent, sur des thèmes "stéréotypé jeunesse". À quand une manifestation de la jeunesse en soutien aux sans-papiers ? Pour revendiquer un salaire minimal et une réelle égalité salariale hommes/femmes? En opposition à l'augmentation des taxes d'études ?

Le rôle des partis de jeunes est là : développer une vison et un projet global pour la société dans son ensemble, jeunes compris. Toutefois, à quoi bon risquer d'opposer encore plus les jeunes aux vieux, les chômeurs aux actifs professionnellement ou les étudiants aux apprentis. 

Je terminerai ce "coup de gueule" en mentionnant, au risque de paraître moralisateur, quelques uns des défis urgents et luttes qui nous attendent, nous la génération du Game Boy et des plats prêts à consommer.

Nous allons au devant d'une impasse énergétique globale, dont nous nous devons d'entreprendre le tournant dès maintenant. Notre pays accepte d'enfermer des gens innocents, en attente de renvoi forcé et risqué sans que la population ne s'en égosille réellement. On se dirige vers une société où les magasins se doivent d'être ouvrir en permanence, au détriment des employés et de notre environnement. Les multinationales irresponsables et criminelles continuent d'avoir pignon sur rue sans être inquiétées par la justice. L'armement mondial continue d'augmenter, la Suisse refait aussi son arsenal à des coûts exorbitants. Les inégalités augmentent, notre pays comptant plus de 200'000 working poors (500'000 personnes concernées au total).  


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26/02/2013

Libéralisation des horaires de travail : personne n'est dupe !

« Travailler plus pour gagner plus ! ». La formule, désormais célèbre, en a motivé plus d'un à aller voter dans l'espoir de laisser place à des fins de mois moins difficiles. Souvenez-vous, il y a six ans, en pleine campagne présidentielle française. La lutte s'annonce serrée, Nicolas Sarkozy, à l'instar de sa rivale, est prêt à tout pour l'emporter. La formule-utilisée auparavant par d'autres hommes politiques-a été l'un des éléments clés dans la campagne du candidat UMP. Elle a touché le cœur du problème de nombreux citoyens français : la baisse du pouvoir d'achat. L'idée était toute trouvée, il suffisait de défiscaliser les heures supplémentaires et de mieux les payer. Le remède aux problèmes des travailleurs français était sur la table, il leur suffisait de travailler plus pour gagner...chaque chose en son temps. La réponse ne devait venir qu'après l'élection, logique vous me direz. La réponse est arrivée, le bouclier fiscal aussi.

Par cet élément de programme, les différences de repères historiques entre la gauche et le droite française ont sautés aux yeux. L'attaque en règle contre l'héritage social des évènements de mai-juin 1968 a, pour ainsi dire, très mal passé à gauche. Faisant aussi ressortir les clivages politiques entre ses composantes (socialiste, écologiste et communiste), toutes construites, d'une façon ou d'une autre, sur un héritage des mouvements contestataires de l'époque. Mais là n'est pas la question.

Chez nous aussi, les différences politiques sont bien visibles à travers certains thèmes de société. En particulier celui de l'emploi, des conditions de travail et de la défense des acquis syndicaux. À propos des conditions de travail, une motion déposée par le conseiller national libéral genevois Christian Lüscher, un des chantres de la libéralisation à tout prix, a été acceptée par la majorité de droite du parlement et a donc amené à une modification de la loi sur le travail dans l'industrie, l'artisanat et le commerce (loi du 13 mars 1964). L'article 27, alinéa 1 a été modifié comme suit : « Les magasins des stations-service qui sont situés sur les aires des autoroutes ou le long d’axes de circulation importants fortement fréquentés par les voyageurs et dont les marchandises et les prestations répondent principalement aux besoins des voyageurs peuvent occuper des travailleurs le dimanche et la nuit. ».

Ainsi la modification concerne, apparemment, les stations-service très fréquentés et rendra rendre service à quelques voyageurs-consommateurs, aux dépens du rythme de vie des employés de ces mêmes stations. La liberté de consommer à tout moment n'est pas plus importante que la santé et la vie sociale des employés du commerce de détail. Notre pays est-il prêt à sacrifier le dimanche de congé et à généraliser le travail de nuit pour simplement palier à des facilités d'achats occasionnels ?

En lisant plus attentivement, nous remarquons que la modification ne concerne pas que les autoroutes et ouvre la voie à des libéralisations dans d'autres « cas particuliers ».Elle concernerait aussi, en cas d'échec du référendum lancée par la gauche et les syndicats (traité ci-dessous), les « axes de circulation importants ». La notion reste très vague et pourrait ouvrir la boîte de Pandore à de nouveaux élargissements des horaires d'ouverture, ce qui ne déplairait sûrement pas aux chantres de la libéralisation, bien au contraire.

En somme, la mesure risque de concerner bien plus de stations-service que ne l'affirmait Christian Lüscher lui même (5-6 stations-service concernées selon ses dires télévisés...). La « tactique du salami » utilisée ici est très clair : libéraliser les horaires de travail au fur et à mesure en faisant passer l'amère pilule petit à petit. Il est clair que leur but est d'arriver à une libéralisation plus globale, dans l'optique de toucher l'entier du commerce de détail. Les syndicats ne sont pas dupes et combattrons, avec le soutien de la gauche, chaque atteinte au droit du travail, en premier lieu dans ces domaines où les salaires sont faibles, les CCT peu solides et les conditions de travail difficiles !

Suite à l'acceptation de cette modification par l'assemblée fédérale en décembre de l'année passée, l'outil référendaire a été actionné par la gauche sous la bannière de « l'alliance pour le dimanche », nouvellement formée. L'alliance regroupe principalement le PS, les Verts, le syndicat Unia, Travail Suisse, l'Union Syndicale Suisse, l'association du personnel de la Confédération et la société suisse de médecine du travail (liste complète sur le site de l'alliance pour le dimanche).

Le référendum s'appuie sur une base de départ solide, la population Suisse ayant, dans l'immense majorité des cas, refusé les libéralisations des horaires de travail dans différents cantons. Souvent de manière très claire. Cette année encore, les citoyens suisses vont très probablement refuser cette nouvelle tentative de libéralisation des horaires d'ouverture des magasins.

Cette motion de Christian Lüscher risque d'engendrer de nombreuses conséquences néfastes. Je pense tout d'abord aux travailleurs concernés qui devront travailler de nuit et le dimanche. Revenons aussi sur l'argument, avancé par certains élus de droite, comme quoi seuls les volontaires suivront ces horaires. Il est indéniable que les gérants des stations-service imposeront ces horaires à tout leur personnel en priant les opposants de prendre la porte et, pour palier les licenciements, ils engageront ceux qui veulent travailler dans ces conditions encore plus difficiles. La mesure risque ainsi de laisser place aux licenciements abusifs.

De plus, les conditions de travail dans le commerce de détail sont déjà assez difficiles, à bien des égards : travail stressant, pression quotidienne, salaires en dessous de 4000.- pour un temps plein ainsi qu'une faible protection en cas de licenciement. J'ajouterai que cette mesure risque d'entraîner d'autres secteurs vers des horaires de nuit, tels que la sécurité, le nettoyage ou encore la livraison. Précisons aussi que cela n'augmentera bien sûr pas le pouvoir d'achat des consommateurs et ne servira qu'à favoriser les stations-service « performantes », aux conditions de travail déjà difficiles.

La réflexion doit bien sûr se faire par rapport au modèle de société que nous voulons construire ensemble. La consommation fait partie de notre vie, mais nous ne devons pas en devenir prisonniers et trop dépendants. Une société du tout « tout de suite » et à tout moment n'amènerait que des problèmes, en matière de pollution, de bruit et de conditions de travail. De plus, nous risquons de voir les (derniers) magasins de proximité déserter nos villes, au détriment des temples de la consommation, situés en périphérie des villes et accessibles seulement en voiture.

Évidemment, n'oublions pas les conséquences politiques de ces mesures. La première se cristallise par le référendum en cours (délai référendaire : 7 avril 2013) qui, une fois les signatures récoltés, sera soumis aux citoyen-ne-s, probablement à l'automne. D'un autre côté, suite à ces mesures, des libéralisations plus larges seront proposées par les partis. Cela a déjà été le cas cette année. En effet, les Verts libéraux, tout en critiquant les conséquences environnementales de l'élargissement des horaires d'ouverture des stations-service, ont proposé d'étendre la mesure à tous les commerces et services d'une superficie inférieure à 120 m2 ! Par souci de concurrence déloyale face aux petits commerces disent-ils. En sachant pertinemment, comme le gouvernement l'a mentionné, qu'une grande partie de ces commerces sont déjà exemptés de l'interdiction nocturne et dominicale. Heureusement, cette mesure a été rejetée par le Conseil Fédéral qui a souligné le caractère ciblé de ces mesures (stations-service, tourisme). Le risque principal est de voir des libéralisations exigées pour palier à une « concurrence déloyale » engendrée par de premières libéralisations. Pour contrer cette logique infernale, le référendum en cours, couplée à une campagne d'information générale, sont les seuls moyens de faire entendre la voix de la raison.

Le plus ridicule à mes yeux est le manque de courage et d'honnêteté politique de la part des adeptes du libéralisme économique. En politique, nous nous devons de défendre et de faire avancer nos idées de manière démocratique et critique. Ces élus doivent donc assumer publiquement leur dogmatisme libéral, les décisions se feront ensuite à l'aide des outils démocratiques.

Je terminerai en soulignant l'importance du référendum et de l'après votation, quelque soit l'issue référendaire. En plus du vote, nous devons rester vigilants car de nombreuses mesures risquent d'être acceptées discrètement, tels que l'ouverture plus généralisée au travail du dimanche. D'autres tentatives mesquines pour étendre la modification à tout le commerce de détail risquent d'arriver, et ceci, probablement par la porte arrière...

Certains parlementaires se veulent les grands défenseurs des droits des consommateurs à travers ces mesures. Mobilisons-nous derrière ce référendum pour combattre cette mesure et montrons que les consommateurs ne veulent pas de ces libéralisations, qui ne font que du tort au vivre-ensemble helvétique, déjà menacé par des attaques parlementaires dans le domaine de l'asile. 

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24/12/2012

La toxicomanie n'est pas un crime, c'est une maladie !

Un mur, un long mur infranchissable. Séparant deux pays intimement liés, tant au niveau historique que culturel, il empêche, en partie, le passage d'immigrants vers l'eldorado nord-américain. Haut de cinq mètres, large d'une quarantaine de mètres et patrouillé par des "milices" armées, il fait aussi partie intégrale de la lutte contre les trafiquants de drogue misant sur un marché libre de millions de consommateurs potentiels.

L'échec de cette politique répressive saute aux yeux depuis quelques temps déjà, mais un élément "comique" vient renforcer ce constat : des trafiquants de drogue mexicains ont utilisé...un canon à air comprimé (!) pour expédier leurs livraisons de plusieurs kilogrammes plus au Nord malgré le mur et ses coûts exorbitants.

L'anecdote fait sourire et montre surtout le coup d'avance qu'ont et auront toujours les trafiquants, pirates informatiques et autres terroristes en tout genre pour mener leurs actions. Dans le cas du trafic de drogue et de ses implications, intéressons-nous d'abord à la politique des drogues en vigueur dans la plupart des pays depuis plus d'une cinquantaine d'années.

En 1961, les Nations, sous l'impulsion des États-Unis, ont ratifié la "convention unique sur les stupéfiants" prônant une prohibition mondiale des drogues, qu'elles soient dures ou "douces". Deux autres conventions internationales suivront, en 1971 et 1988. Suivra la tristement fameuse "War on drugs" prise à bras le corps par le républicain Richard Nixon dès 1969, en plein massacre vietnamien. Le monde assiste alors à des idées oh combien brillantes et originales comme celle de fouiller chaque voiture en provenance du Mexique, afin de lutter contre le trafic de cannabis. Échec opérationnel, mais réussite politique, l'impact dans l'opinion public étant majoritairement positif. Ainsi, la guerre contre la drogue fut durablement installée dans l'agenda et les priorités états-uniennes, politiques et électorales.   

Les impacts de l'exportation de la méthode états-unienne au Mexique et en Colombie illustrent parfaitement l'inefficacité de cette politique des drogues. Les répercussions directes sont bien visibles actuellement : le Mexique est, dans certaines régions, livrés à une influence grandissante des cartels, alors que le peuple colombien est toujours otage d'un conflit dont les intérêts militaires et financiers dépassent largement ses frontières.

Dans le cas de la Colombie, en pleine négociations avec le mouvement des FARCs, la guerre n'a plus aucun sens dès lors que des enfants de la même famille se retrouvent face à face. L'un guérillero, l'autre paramilitaire. Ouvrons les yeux, les intérêts sont tant politiques (tant les révolutionnaires que J.-M. Santos jouent leur avenir politique) que financiers. L'aspect financier est le nerf de la guerre et il relie la Colombie, le Mexique ou le Pérou à l'Europe et aux États-Unis. N'oublions pas que, malgré le zèle idéologique des Nations Unies, la consommation de drogues n'a cessé d'augmenter. Le trafic et la corruption suivant globalement la même tendance, faut-il continuer à miser sur la même politique, répressive à tout-va ? Chercher d'autres pistes ?

Des alternatives existent déjà et ont été mises en place dans certains pays, sans voir affluer aux frontières des hordes de consommateurs réguliers. L'exemple portugais est, par bien des aspects, fort intéressant. Premièrement, il intervient dans un pays conservateur, sortant tant bien que mal de quarante années de dictature. La consommation de drogues y explose alors et va jusqu'à compter 1% d'héroïnomanes dans la population. Puis, en 1998, la décriminalisation de la consommation de drogues y est décidée, pour des raisons dites "humanistes". Consommer des drogues n'est plus un délit criminel, mais une infraction administrative. Le tribunal convoque alors ceux qui sont soupçonnés d'être des dealers et/ou possèdent une dose supérieure à dix jours de consommation. De plus, des commissions de dissuasion des drogues (CDD)  sont mises en place. Les toxicomanes sont ainsi moins victimes de stigmatisation et ont un meilleur accès aux traitements. En somme, les consommateurs ne sont plus considérés comme des criminels, mais comme des malades...

Pas de jalousie à avoir avec la politique courageuse du gouvernement portugais de l'époque, dans notre pays aussi le vent électrisant du changement se fait sentir : Lôzane bouge !              

Incroyable, je vous le jure, le fameux slogan lausannois des années 80 est de retour ! Sauf que, cette fois ci, la jeunesse n'y est pour rien. Ce qui bouge, ce sont les policiers lausannois multipliant les fouilles et les arrestations. En plein jour et aux heures d'affluence, journalistes à l'appui pour témoigner de l'efficacité des politiques aux affaires. Le parti socialiste se veut pragmatique et montre qu'il peut gérer les affaires avec sérieux, tant au gouvernement qu'à l'exécutif lausannois. Il ferait mieux de consulter une camarade comme Ruth Dreifuss, elle aussi aux affaires en son temps. Elle qui a toujours prôné et mis en place une politique intelligente reposant sur quatre piliers, de la prévention, à la répression et régulation du marché en passant par une thérapie adaptée et une réduction des risques.

La politique des drogues concerne bien des aspects de notre vie, de notre mode de vie en particulier. Que dire du stress toujours plus important, de la peur de l'échec ou de la pression mise sur les employés ?

Ma foi, la politique choisie par Lausanne et d'autres exécutifs fera ou ne fera pas ses preuves. D'ici là, je reste persuadé qu'un local d'injection bien géré couplé à une réelle prévention dans les écoles, à propos des risques liés aux drogues et à l'alcool, vaut mieux que des arrestations mensuelles médiatisées qui ne font qu'affirmer une éphémère implication politique. 

La guerre contre la drogue ayant essué de cuisants revers et amené à la perturbation politique de pays entiers sans faire baisser le trafic, la dépénalisation et la légalisation couplées à une prévention intelligente et à un suivi des consommateurs seront, à mon avis, les seules solutions durables pour enrayer le trafic et lutter contre cet important problème de santé publique. L'Histoire nous le dira. 

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La commission sur les drogues où siège Ruth Dreifuss : http://www.globalcommissionondrugs.org/about/ 

Article sur le "canon à drogues" : http://www.tdg.ch/monde/ameriques/canon-air-comprime-expedie-drogue-etatsunis/story/29450679