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22/02/2017

L'impasse Fillon

Publié initialement le 17 février sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris. Bonne lecture !

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Un coup de tonnerre. Les révélations chocs du Canard Enchaîné sur le système de rémunération familial mis en place par François Fillon marquent bel et bien un tournant de la présidentielle. Depuis plus de trois semaines, sous la pression de nouvelles révélations et plombé par une défense cacophonique, le candidat de la droite et du centre voit sa campagne stoppée net.

Tout d’abord, un bref récapitulatif s’impose. Le Canard Enchaîné publie tout d’abord le 25 janvier un papier sur les montants perçus par Penelope Fillon comme attachée parlementaire de son mari ou de son suppléant Marc Joulaud. Chiffrés tout d’abord à 500’000 euros brut. La réalité du travail effectué est mise en cause, jamais justifié avec précision par François Fillon lui même.

Avant que d’autres chiffres et emplois ne soient publiés. De mai 2012 à décembre 2013, elle aurait ainsi été salariée comme conseillère littéraire à « la Revue des deux mondes » pour un montant de 5000 euros brut par mois. Soit 100’000 euros au total. Le hic est, au delà du montant important du salaire, que l’ancien directeur de la revue remet en question l’engagement réel de l’épouse Fillon et affirme ne jamais avoir eu d’échanges de travail avec elle. Rien n’expliquerait en effet un tel salaire pour la seule rédaction de deux courtes notes de lecture en plus de 18 mois.

Dans son édition suivante, le journal satirique revient sur ses chiffres initiaux et affirme que Penelope Fillon a touché au total plus de 900’000 euros brut. Un montant étalé sur une période, non-continue, d’une douzaine d’années.

Pas en reste, les deux enfants de François Fillon auraient perçu 84’000 euros brut entre 2005 et 2007 lorsque leur père était sénateur de la Sarthe. Le cas de sa fille Marie est emblématique : alors qu’elle était embauchée par son père comme assistante parlementaire à temps plein, elle terminait sa formation et effectuait un stage d’avocate payé 11’035 euros bruts par an. Se pose la question du cumul des activités, et de l’usage de l’argent public par les élu-e-s. Elle aurait aidé son père dans la rédaction de son livre, dont le titre fait aujourd’hui sourire : « La France peut supporter la vérité« .

C’est en résumé les accusations auxquelles l’ancien premier ministre doit faire face. Mais ce n’est sûrement pas tout. Probablement aussi concerné par l’affaire des « chèques du Sénat » et ayant touché 200’000 euros de l’assureur AXA, non seulement son image d’homme politique honnête a explosé en vol mais il risque de continuer à devoir répondre de faits graves ces prochaines semaines. À moins qu’il n’ait été mis en examen avant, ou mis sur la touche suite aux prochaines mobilisations citoyennes.

Au niveau de la justice, cela se précise. Le parquet national financier, après avoir reçu le rapport de police concernant l’enquête et les perquisitions à l’Assemblée nationale, annonçait hier qu’il n’envisage pas « en l’état » de classement sans suite et que « les investigations vont se poursuivre« . La suite est difficile à prévoir, une mise en examen pourrait être prononcée tout comme un report post-campagne de ce feuilleton juridique fort dommageable pour les institutions démocratiques.

Un élément fait néanmoins sourire ; la ligne de défense choisie par Fillon et ses avocats. Ou plutôt les défenses successives. Deux semaines après les premières révélations, il se livre à un exercice de communication devant les médias et publie sur son site internet un résumé des salaires reçues par sa femme. Coincé devant ses propres contradictions et incapable d’expliquer par exemple pourquoi son épouse touchait un salaire bien plus important auprès de son suppléant (plus de 6000 euros par mois, contre 3677 auprès de F. Fillon). Ni de justifier son niveau de rémunération – 5000 euros par mois- à la revue des deux mondes pour seulement deux notes de lecture produites.

Coincé entre une justice qui agit rapidement et une opinion publique exaspérée, François Fillon, ses soutiens politiques et ses avocats se réfugient derrière leur seule porte de sortie. Il s’agirait d’un « coup d’État institutionnel du pouvoir » et les français doivent comprendre que « le parquet national financier nous vole l’alternance« . Une défense qui peut sembler ahurissante, mais c’est la seule qui leur reste.

De manière générale, difficile de ne pas être médusé devant ce système de détournement d’argent public au bénéfice de ses intérêts et de sa famille. Le chantre de l’exemplarité, annonciateur des « efforts » auxquels les français-es devraient consentir s’il était élu, voit sa crédibilité réduite à néant.

Maintenant, la mobilisation citoyenne s’organise, partout en France. Ce dimanche, des rassemblements seront organisés dans des villes des quatre coins du pays. Le rassemblement parisien sur la Place de la République devrait réunir des milliers de personnes. Il faut maintenant organiser ce ras-le-bol et faire tomber tous les élu-e-s corrompus et qui profitent des failles des institutions.

À ce niveau là, François Fillon n’est pas le seul concerné. Emmanuel Macron, le candidat médiatique dont le programme change au fil de la campagne, se voit concerné par un mélange des genres dans l’utilisation des frais de bouche lorsqu’il était ministre.
Bien plus grave, les eurodéputé-e-s du FN, dont sa candidate à la présidentielle Marine le Pen sont accusés d’avoir payé des employés en France avec de l’argent destiné aux assistants parlementaires basés à Bruxelles.

Les conséquences de « l’affaire Fillon » sont encore dures à prévoir. Il est sûr que Marine le Pen, malgré les accusations portées contre elle, s’en retrouve quelque peu renforcée. Mais face à cela, fort heureusement, les discussions en vue d’une grande aventure unitaire et citoyenne à gauche avancent. Ces deux prochaines semaines seront décisives et peuvent provoquer une dynamique historique capable de porter une alternative sociale, écologiste, européenne et démocratique au pouvoir.

Quant à François Fillon, il n’est même plus en mesure de faire campagne. Il passe en trombe, sous les sifflets, lors de ses déplacements, ne s’adresse qu’à des militant-e-s LR et se voit contraint de prévoir son agenda au jour le jour. Impossible de faire 6 semaines de campagne dans ces conditions.

Son quotidien ressemble à celui d’un président de la République impopulaire en fin de mandat ou faisant face à une mobilisation populaire contre une réforme de casse sociale. Sauf qu’il ne l’est pas encore, président. Il est bien entendu impossible d’y arriver sans faire campagne auprès des gens. Il va maintenant devoir affronter le terrain et assumer les conséquences de ses actions frauduleuses. Cela tombe bien, étant donné qu’il dit s’en remettre maintenant « au seul jugement des urnes ».

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Commentaires

C'est vrai que le Canard et le trotskyste Plenel ont bien joué : Fillon est mal barré...
Que MLP soit au 2ème tour paraît presque acquis. La gauche étant divisée en trois, c'est Macron le flou qui se trouvera au second tour. A moins que, conscient de cela, les Français votent tout de même Fillon...
Si c'est Macron, M. "Colonisation française = crime contre l'Humanité", il va surtout provoquer beaucoup d'abstentions. Contre le bloc solide de l'électorat de MLP, cela ne va pas le faire. Les Français savent qu'elle n'aura pas de majorité parlementaire et que finalement, une cohabitation FN-LR vaut mieux que cet avatar de François Hollande...

Écrit par : Géo | 22/02/2017

Il me fait passer à Lucien de Rubempré, ce jeune Monsieur Macron. Trouvez-pas, Géo ?

Écrit par : rabbit | 22/02/2017

Et Bayrou dans le rôle de l'abbé Carlos Herrera, alias Vautrin ?

Écrit par : Géo | 23/02/2017

Cela dit, pour prendre de la hauteur, on se demande bien pourquoi les Français se donnent tant de peine pour ces présidentielles, alors que celui qui commande de toute façon dans ce pays, c'est le chef des fascistes rouges, Philippe Martinez.

Écrit par : Géo | 23/02/2017

Bien envoyé ! Les Capétiens, les Valois et les Bourbons, ça vous avait une toute autre allure. Et des locaux, en plus.

Écrit par : rabbit | 23/02/2017

Je ne sais pas vous, mais ce jeune, très jeune, petit monsieur Ilias, me semble fort peu réactif. Peut-être est-il en train de rêver d'une victoire de Benoît Hamon ?
Réveillez-vous, jeune Panchard, quand on ouvre un blog politique, on ferraille, on se bat, on se défend, on attaque, on fait quelque chose, bordel ! Ou alors laissez les femmes le faire à votre place, elles sont actuellement assez douées pour ça...

Écrit par : Géo | 24/02/2017

Est-ce que c'est une vrai barbe "musulmane" qu'il porte, où est-ce qu'il s'est gribouillé avec du charbon de bois ? C'est que c'est Carnaval à Monthey !

pssst:
Est-ce que mon com stigmatisant va le réveiller?

Écrit par : petard | 24/02/2017

"Lorsque nous argumentons,
si tu gagnes et si je ne gagne pas, as-tu raison et ai-je tort?
Si je gagne et si tu ne gagnes pas, ai-je raison et as-tu tort?
Avons-nous raison? Avons-nous tort?
Puisque nous ne pouvons savoir qui de nous a raison,
un tiers sera sans doute plongé dans les ténèbres.
Qui donnerait un avis juste?
Une personne de ton avis ne peut, de ce fait donner un avis juste.
Une personne de mon avis ne peut, de ce fait donner un avis juste.
Une personne d'un troisième avis ne peut, de ce fait, donner un avis juste.
C'est ainsi que ni toi, ni moi, ni un tiers ne peut savoir qui de nous a raison.
Allons-nous faire appel à quelqu'un d'autre?"

庄子 (Zhuangzi, IVe siècle av. J.C.)

Écrit par : rabbit | 24/02/2017

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