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23/06/2014

Asile : inacceptable durcissement

Contribution commune de Jean Ziegler, ancien conseiller national socialiste, et Ilias Panchard, co-président des Jeunes Vert-e-s Suisse.

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Chaque semaine, de nouveaux drames ont lieu en Méditerranée. Des milliers de migrants, parmi eux des femmes et des enfants, entreprennent cette périlleuse traversée. Nombre d'entre eux n'en sortent pas indemnes, sans que les politiques d'asile des États européens ne changent réellement.
Ces drames, bien trop nombreux, peuvent nous sembler lointains et indépendants de notre volonté. Cependant, la Suisse, à travers sa politique d'asile, y porte aussi sa part de responsabilité et se doit d'agir.

Une véritable politique du chiffre a été mise en place ces dernières années, conduisant inévitablement à des durcissements. Récemment, la création de centres pour requérants récalcitrants, la fin des procédures d'asile aux ambassades et la non-reconnaissance de la désertion comme motif d'asile ont été approuvés par le parlement fin 2012, puis acceptés par le peuple en juin 2013.

Le Conseil fédéral demande maintenant une prolongation de ces mesures – prévues pour 3 ans – à une durée de 7 années. Cette décision ne tient pas compte des nombreuses catastrophes humanitaires qui ont actuellement lieu, en Syrie, en Centrafrique ou en Érythrée, forçant des centaines de milliers de personnes à fuir leur pays.

Supprimer les procédures d'asile aux ambassades n'a servi à rien, si ce n'est contribuer à ce drame en obligeant des personnes menacées à entreprendre, illégalement et pour des milliers de francs, un long périple vers les frontières de l'Europe. Cela alimente le juteux business des passeurs, prospérant sur le dos de personnes en danger de mort, dans la misère et sans aucune perspective dans leur pays d'origine.

Ces réfugiés se retrouvent dans l'obligation de traverser la Méditerranée par des moyens illégaux puisque la Suisse refuse de leur accorder des visas humanitaires afin qu'ils puissent venir déposer, légalement, une demande d'asile dans notre pays.

Les déserteurs, érythréens en particulier, sont eux aussi touchés de plein fouet par ces mesures. En effet, la désertion n'étant plus reconnue d'office comme motif d'asile, en violation complète de la définition même de réfugié, ils se retrouvent dans l'impossibilité de fuir. Ne pas accueillir des déserteurs fuyant un régime tyranniques, dont l'armée est un véritable instrument de persécution, est un scandale.

Ces mesures ne servent qu'à précariser ceux qui
ont le plus besoin de l'aide de la Suisse, déserteurs et réfugiés politiques en tête.
Notre pays doit maintenant envoyer un signal politique fort en réintroduisant les procédures aux ambassades et en reconnaissant à nouveau la désertion comme motif d'asile. Il en va de notre responsabilité face aux drames humains qui se déroulent aux quatre coins du monde.

22/06/2014

Simonetta Sommaruga doit passer des paroles aux actes


Je publie ici ma Carte Blanche parue dans le Politblog (24h, TdG, Tages Anzeiger, Bund, Berner Zeitung, Basler Zeitung) du jeudi 19 juin dernier.


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Aujourd'hui nous donnons Carte Blanche à Ilias Panchard, co-président des Jeunes Vert-e-s Suisse.

«Il faut durcir la loi sur l’asile». Ce mot d’ordre a été suivi plus de dix fois ces trente dernières années. «Rendre la Suisse moins attractive en matière d’asile», «renvoyer les réfugiés économiques» ou «restreindre le regroupement familial». Cette rhétorique de campagne illustre bien la politique arbitraire et anti-réfugiés qui, au fil des révisions, s’est imposée dans notre pays.

En septembre 2012, une série de durcissements ont ainsi été votés par le parlement: fin des procédures aux ambassades, création de centres pour requérants récalcitrants et non-reconnaissance de la désertion comme motif d’asile.

Pendant la campagne, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga assurait que ces mesures urgentes seraient strictement provisoires et faciliteraient la mise en place de la réforme globale qu’elle souhaite mettre en place. Elles viennent maintenant d’être prolongées de quatre ans, sans vraiment susciter de réactions politiques, alors que leurs conséquences sont tragiques.

La possibilité de déposer une demande d’asile dans les ambassades avait permis d’accueillir près de 3000 réfugiés ces vingt dernières années, sans qu’ils aient à risquer leur vie dans un long périple. Suite à leur suppression, de nombreux réfugiés se retrouvent dans l’obligation de traverser la Méditerranée par des moyens illégaux et au péril de leur vie pour venir déposer une demande d’asile dans notre pays.

Simonetta Sommaruga nous avait assuré que les permis humanitaires remplaceraient les procédures aux ambassades et que les réfugiés les plus menacés bénéficieraient encore de la protection de la Suisse. Aux côtés des organisations d’aide aux réfugiés, nous avions, aux Jeunes Verts, alarmé du fait que ces permis ne permettraient pas de faire face à l’ampleur des crises humanitaires. Nous avions hélas raison : bien moins de personnes en bénéficient chaque année, alors que le nombre et l’ampleur des crises humanitaires ont eux augmenté.

Pendant ce temps, la crise syrienne se poursuit et les pays limitrophes sont débordés par le flux de réfugiés. Pendant que l’Europe voyait 30’000 syriens atteindre ses frontières depuis le début de la répression, la Jordanie en accueille, à elle seule, le même nombre chaque mois.

La politique d’accueil de la Confédération vis à vis des victimes du conflit syrien est totalement insuffisante. Notre capacité d’accueil serait, selon l’administration, limitée par la difficulté de trouver des places d’accueil dans les cantons. Ainsi, après avoir accueilli près de 8000 réfugiés hongrois et 10’000 réfugiés tchèques lors des répressions soviétiques, nous serions aujourd’hui dans l’impossibilité d’accueillir quelques milliers de réfugiés syriens?

C’est une aberration qui illustre parfaitement le manque de volonté et de courage politique dont témoigne le Conseil fédéral.

J’en appelle, à l’instar récemment de citoyens tessinois munis d’une pétition, à la solidarité et à l’engagement de la population. Nous pouvons forcer le gouvernement à accueillir des contingents plus importants et à réellement faciliter le regroupement familial. Cela a fonctionné grâce à la mobilisation populaire lors du coup d’État Pinochet, avec à la clé l’accueil de 2000 réfugié-e-s, à nous d’agir maintenant en faveur des victimes syriennes!



Un jeune  syrien dans un camp de réfugiés au Liban. (Image/Reuters)
Un jeune syrien dans un camp de réfugiés au Liban (Image/Reuters)