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03/11/2013

Pour en finir avec les dérives salariales

Parmi les trois objets de votation du 24 novembre prochain, l'un d'entre eux suscite particulièrement le débat et mobilise depuis plusieurs mois déjà. L'initiative dite « 1 à 12 » de la Jeunesse Socialiste ne laisse en effet personne indifférent. Entre, d'un côté, la peur d'un projet « communiste » et la fin des dérives salariales de l'autre, les positions sont tranchées.

Le contenu de l'initiative est simple : Dans une même entreprise, aucun patron ne devrait gagner plus, en un mois, que les moins bien payés de ses employé-e-s en une année.

Afin de mieux cerner les enjeux, revenons d'abord sur l'évolution récente des salaires en Suisse. Entre 2000 et 2010, le revenu disponible net des plus hauts salaires a augmenté de 23'700 francs par an alors que, durant la même période, les bas salaires ont stagné. Sachant que le coût de la vie a sensiblement augmenté dans certaines régions, le pouvoir d'achat de ces ménages aux revenus modestes a donc diminué ces dernières années.

Au niveau des écarts salariaux moyens, il était encore de 1:6 en 1984 et de 1:13 en 1998, avant de bondir à 1:43 en 2011. Les salaires des tops-managers ont ainsi augmenté de manière totalement déconnectée de la réalité économique, sous couvert de concurrence internationale et de course aux bonus. Exactement ce qui nous a amené à la crise bancaire de 2009, dont nous subissons encore les conséquences aujourd'hui.

De nombreux exemples soulignent cette déconnexion totale entre certains milieux et l'économie réel. Le cas d'UBS est un des plus parlants : en 2012, la banque a enregistré 2,5 milliards de francs de pertes. Cette gestion catastrophique n'a pas empêché sa direction de s'octroyer la même somme en bonus...

Se pose maintenant la question des mesures politiques concrètes à apporter. Les JS nous proposent de stopper ces pratiques de casino avec un modèle qui pourra évoluer dans le temps. En effet, seule la fourchette salariale étant définie, rien n'empêchera un directeur d'augmenter son salaire en augmentant aussi celui de ses employé-e-s les moins bien rémunérés.

Les opposants à l'initiative s'appuient sur plusieurs arguments économiques. Une réponse à deux arguments abondamment relayés s'impose.

Le premier d'entre eux insiste sur une délocalisation probable de certaines grandes entreprises. A mon avis, elles ont bien trop d'avantages et de bonnes conditions cadres en Suisse pour prendre le risque d'une délocalisation, en plus d'être fortement liées à la marque « suisse ».

De plus, dans le cas des deux grandes banques du pays, le parlement leur a accordé le statut de « too big too fail ». Elles  bénéficient donc d'une garantie de la confédération. Ce soutien public empêchant toute faillite leur permet de continuer à prendre des risques inconsidérés, leurs arrières étant couverts par l'État. Où trouveraient-elles des conditions semblables ?

Le deuxième argument concerne la fuite des tops-managers « sous-payés » (50'000 francs par mois). Il faut noter que ce sont des employé-e-s déjà très mobiles et souvent peu attachés à leur entreprise et à son développement. Notons aussi que l'industrie suisse n'a pas été construite par des tops-managers surdiplomés mais par des ouvriers et des techniciens hautement qualifiés, réellement attachés à leur entreprise.

Intéressons-nous aussi aux salaires les plus bas, directement concernés par cette initiative. Dans de nombreux domaines (vente, construction, hôtellerie), les salaires de moins de 4000 francs mensuels sont nombreux. Ces domaines ne sont pas couverts par des CCT, il s'avère ainsi très compliqué d'y négocier de meilleurs salaires. L'initiative 1:12 fait partie, avec l'initiative pour un salaire minimum, d'un ensemble de mesures visant à (re)valoriser l'économie réelle et toutes celles et ceux qui ont fait et qui font la richesse de notre pays : les ouvriers de l'horlogerie, les techniciens des barrages de retenue ou les employés de vente. En somme, des gens comme vous et moi. 

Ces inégalités grandissantes ont aussi des conséquences directes sur le vivre-ensemble d'une société, l'environnement et la santé des habitants. L'épidémiologiste anglais Richard Wilkinson a montré, à travers ses recherches, que les inégalités de revenus aggravent une grande partie des maux sanitaires et sociaux d’une société (santé, drogue, délinquance). En somme, lorsque les bas-salaires stagnent alors que les riches s'enrichissent davantage, la situation sanitaire se détériore et les problèmes sociaux s'accentuent. Au niveau de la protection de l'environnement, les mêmes observations sont faites : plus un pays est inégalitaire, plus il s'avère difficile d'y développer une politique environnementale crédible et ambitieuse.

Notre société souffre de ces inégalités grandissantes et les Jeunes Verts Suisse s'engagent à fond aux côtés de nos camarades Jeunes Socialistes pour que cette initiative soit acceptée. La campagne d'affichage à coups de millions des opposants ne nous fait pas peur !


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Commentaires

Votation salaires 1 : 12…
Les milieux opposés à une meilleure répartition des richesses de ce pays.ch préfèrent donc le statuquo, à savoir le maintien d’un système de rétribution hold-up, aussi indécent que malhonnête, avec un multiple de 50, 100 voire 250 fois le salaire le plus bas. Certains établissements (parfois sauvés par les contribuables) poursuivent la distribution déplacée des bonus (non-imposés par le Fisc.ch !) aux ‘cadres et directeurs’, sous prétexte du maintien impératif de ces irremplaçables !

Écrit par : olci | 05/11/2013

Votation salaires 1 : 12…
Les milieux opposés à une meilleure répartition des richesses de ce pays.ch
mènent une campagne médiatique cynique et saturée d’arguments les plus farfelus et irresponsables afin d’impressionner les couches de population défavorisées.
Quant aux pertes de rentrées fiscales liées au milieux aisés p. expl: paient-ils seulement ce qu’ils devraient, quand on connaît les cadeaux accordés (négociés) par le fisc.ch !? Alors que les salariés et retraités payent le plein tarif !
C’est ce qu’on appelle le libéralisme ! Où est donc la démocratie ?!

Écrit par : olci | 05/11/2013

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