UA-88487629-1

07/03/2013

Faire la fête, un projet politique ?

Les établissements genevois menacés de fermeture dès minuit ont obtenu leur dérogation d'ouverture prolongée au-delà de l'heure tant redoutée. Le Service du commerce a en effet estimé qu'ils ont depuis "fourni des garanties concrètes pour lutter contre les nuisances sonores". Parmi ces mesures, l'engagement de chuchoteurs a du être jugée positive par les autorités. 

Pour ma part, j'apprécie que des solutions constructives aient été trouvées, malgré le couac lors de l'annonce aux bistrotiers, alors en pleine discussion avec la Ville au sujet de la lutte contre le bruit. 

Ce problème "résolu", je me pose plutôt des questions sur l'engagement des partis de jeunes et sur les priorités de la jeunesse. En terme d'engagement, il est difficile et inintéressant d'en juger de manière généralisée. Je ne m'aventure pas trop en affirmant qu'on entend peu certains d'entre eux. Cependant, la mobilisation de ces partis a eu lieu contre la fermeture de ces 28 bars du bout du lac. Le thème est, il est vrai, bien plus porteur chez les jeunes que la libéralisation des horaires de travail ou l'élévation de l'âge de la retraite des femmes...

Cette mobilisation, que je respecte, m'a néanmoins fait bien sourire. Le fait que des jeunes se soient mobilisés ne m'étonne pas et me paraît assez normal. Cependant, en tant que jeunes partis politiques, n'avons-nous pas d'autres thèmes à défendre et à proposer à la jeunesse ?

Nous nous plaignons souvent du manque de place accordée à la jeunesse dans la société, dans la politique ou dans les médias. Cela n'est pas étonnant quand on se profile, le plus souvent, sur des thèmes "stéréotypé jeunesse". À quand une manifestation de la jeunesse en soutien aux sans-papiers ? Pour revendiquer un salaire minimal et une réelle égalité salariale hommes/femmes? En opposition à l'augmentation des taxes d'études ?

Le rôle des partis de jeunes est là : développer une vison et un projet global pour la société dans son ensemble, jeunes compris. Toutefois, à quoi bon risquer d'opposer encore plus les jeunes aux vieux, les chômeurs aux actifs professionnellement ou les étudiants aux apprentis. 

Je terminerai ce "coup de gueule" en mentionnant, au risque de paraître moralisateur, quelques uns des défis urgents et luttes qui nous attendent, nous la génération du Game Boy et des plats prêts à consommer.

Nous allons au devant d'une impasse énergétique globale, dont nous nous devons d'entreprendre le tournant dès maintenant. Notre pays accepte d'enfermer des gens innocents, en attente de renvoi forcé et risqué sans que la population ne s'en égosille réellement. On se dirige vers une société où les magasins se doivent d'être ouvrir en permanence, au détriment des employés et de notre environnement. Les multinationales irresponsables et criminelles continuent d'avoir pignon sur rue sans être inquiétées par la justice. L'armement mondial continue d'augmenter, la Suisse refait aussi son arsenal à des coûts exorbitants. Les inégalités augmentent, notre pays comptant plus de 200'000 working poors (500'000 personnes concernées au total).  


tumblr_lvrb08BKo61qju74mo1_500.jpg

24/12/2012

La toxicomanie n'est pas un crime, c'est une maladie !

Un mur, un long mur infranchissable. Séparant deux pays intimement liés, tant au niveau historique que culturel, il empêche, en partie, le passage d'immigrants vers l'eldorado nord-américain. Haut de cinq mètres, large d'une quarantaine de mètres et patrouillé par des "milices" armées, il fait aussi partie intégrale de la lutte contre les trafiquants de drogue misant sur un marché libre de millions de consommateurs potentiels.

L'échec de cette politique répressive saute aux yeux depuis quelques temps déjà, mais un élément "comique" vient renforcer ce constat : des trafiquants de drogue mexicains ont utilisé...un canon à air comprimé (!) pour expédier leurs livraisons de plusieurs kilogrammes plus au Nord malgré le mur et ses coûts exorbitants.

L'anecdote fait sourire et montre surtout le coup d'avance qu'ont et auront toujours les trafiquants, pirates informatiques et autres terroristes en tout genre pour mener leurs actions. Dans le cas du trafic de drogue et de ses implications, intéressons-nous d'abord à la politique des drogues en vigueur dans la plupart des pays depuis plus d'une cinquantaine d'années.

En 1961, les Nations, sous l'impulsion des États-Unis, ont ratifié la "convention unique sur les stupéfiants" prônant une prohibition mondiale des drogues, qu'elles soient dures ou "douces". Deux autres conventions internationales suivront, en 1971 et 1988. Suivra la tristement fameuse "War on drugs" prise à bras le corps par le républicain Richard Nixon dès 1969, en plein massacre vietnamien. Le monde assiste alors à des idées oh combien brillantes et originales comme celle de fouiller chaque voiture en provenance du Mexique, afin de lutter contre le trafic de cannabis. Échec opérationnel, mais réussite politique, l'impact dans l'opinion public étant majoritairement positif. Ainsi, la guerre contre la drogue fut durablement installée dans l'agenda et les priorités états-uniennes, politiques et électorales.   

Les impacts de l'exportation de la méthode états-unienne au Mexique et en Colombie illustrent parfaitement l'inefficacité de cette politique des drogues. Les répercussions directes sont bien visibles actuellement : le Mexique est, dans certaines régions, livrés à une influence grandissante des cartels, alors que le peuple colombien est toujours otage d'un conflit dont les intérêts militaires et financiers dépassent largement ses frontières.

Dans le cas de la Colombie, en pleine négociations avec le mouvement des FARCs, la guerre n'a plus aucun sens dès lors que des enfants de la même famille se retrouvent face à face. L'un guérillero, l'autre paramilitaire. Ouvrons les yeux, les intérêts sont tant politiques (tant les révolutionnaires que J.-M. Santos jouent leur avenir politique) que financiers. L'aspect financier est le nerf de la guerre et il relie la Colombie, le Mexique ou le Pérou à l'Europe et aux États-Unis. N'oublions pas que, malgré le zèle idéologique des Nations Unies, la consommation de drogues n'a cessé d'augmenter. Le trafic et la corruption suivant globalement la même tendance, faut-il continuer à miser sur la même politique, répressive à tout-va ? Chercher d'autres pistes ?

Des alternatives existent déjà et ont été mises en place dans certains pays, sans voir affluer aux frontières des hordes de consommateurs réguliers. L'exemple portugais est, par bien des aspects, fort intéressant. Premièrement, il intervient dans un pays conservateur, sortant tant bien que mal de quarante années de dictature. La consommation de drogues y explose alors et va jusqu'à compter 1% d'héroïnomanes dans la population. Puis, en 1998, la décriminalisation de la consommation de drogues y est décidée, pour des raisons dites "humanistes". Consommer des drogues n'est plus un délit criminel, mais une infraction administrative. Le tribunal convoque alors ceux qui sont soupçonnés d'être des dealers et/ou possèdent une dose supérieure à dix jours de consommation. De plus, des commissions de dissuasion des drogues (CDD)  sont mises en place. Les toxicomanes sont ainsi moins victimes de stigmatisation et ont un meilleur accès aux traitements. En somme, les consommateurs ne sont plus considérés comme des criminels, mais comme des malades...

Pas de jalousie à avoir avec la politique courageuse du gouvernement portugais de l'époque, dans notre pays aussi le vent électrisant du changement se fait sentir : Lôzane bouge !              

Incroyable, je vous le jure, le fameux slogan lausannois des années 80 est de retour ! Sauf que, cette fois ci, la jeunesse n'y est pour rien. Ce qui bouge, ce sont les policiers lausannois multipliant les fouilles et les arrestations. En plein jour et aux heures d'affluence, journalistes à l'appui pour témoigner de l'efficacité des politiques aux affaires. Le parti socialiste se veut pragmatique et montre qu'il peut gérer les affaires avec sérieux, tant au gouvernement qu'à l'exécutif lausannois. Il ferait mieux de consulter une camarade comme Ruth Dreifuss, elle aussi aux affaires en son temps. Elle qui a toujours prôné et mis en place une politique intelligente reposant sur quatre piliers, de la prévention, à la répression et régulation du marché en passant par une thérapie adaptée et une réduction des risques.

La politique des drogues concerne bien des aspects de notre vie, de notre mode de vie en particulier. Que dire du stress toujours plus important, de la peur de l'échec ou de la pression mise sur les employés ?

Ma foi, la politique choisie par Lausanne et d'autres exécutifs fera ou ne fera pas ses preuves. D'ici là, je reste persuadé qu'un local d'injection bien géré couplé à une réelle prévention dans les écoles, à propos des risques liés aux drogues et à l'alcool, vaut mieux que des arrestations mensuelles médiatisées qui ne font qu'affirmer une éphémère implication politique. 

La guerre contre la drogue ayant essué de cuisants revers et amené à la perturbation politique de pays entiers sans faire baisser le trafic, la dépénalisation et la légalisation couplées à une prévention intelligente et à un suivi des consommateurs seront, à mon avis, les seules solutions durables pour enrayer le trafic et lutter contre cet important problème de santé publique. L'Histoire nous le dira. 

 Brisons-le-Tabou.png

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------

La commission sur les drogues où siège Ruth Dreifuss : http://www.globalcommissionondrugs.org/about/ 

Article sur le "canon à drogues" : http://www.tdg.ch/monde/ameriques/canon-air-comprime-expedie-drogue-etatsunis/story/29450679