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22/02/2017

L'impasse Fillon

Publié initialement le 17 février sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris. Bonne lecture !

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Un coup de tonnerre. Les révélations chocs du Canard Enchaîné sur le système de rémunération familial mis en place par François Fillon marquent bel et bien un tournant de la présidentielle. Depuis plus de trois semaines, sous la pression de nouvelles révélations et plombé par une défense cacophonique, le candidat de la droite et du centre voit sa campagne stoppée net.

Tout d’abord, un bref récapitulatif s’impose. Le Canard Enchaîné publie tout d’abord le 25 janvier un papier sur les montants perçus par Penelope Fillon comme attachée parlementaire de son mari ou de son suppléant Marc Joulaud. Chiffrés tout d’abord à 500’000 euros brut. La réalité du travail effectué est mise en cause, jamais justifié avec précision par François Fillon lui même.

Avant que d’autres chiffres et emplois ne soient publiés. De mai 2012 à décembre 2013, elle aurait ainsi été salariée comme conseillère littéraire à « la Revue des deux mondes » pour un montant de 5000 euros brut par mois. Soit 100’000 euros au total. Le hic est, au delà du montant important du salaire, que l’ancien directeur de la revue remet en question l’engagement réel de l’épouse Fillon et affirme ne jamais avoir eu d’échanges de travail avec elle. Rien n’expliquerait en effet un tel salaire pour la seule rédaction de deux courtes notes de lecture en plus de 18 mois.

Dans son édition suivante, le journal satirique revient sur ses chiffres initiaux et affirme que Penelope Fillon a touché au total plus de 900’000 euros brut. Un montant étalé sur une période, non-continue, d’une douzaine d’années.

Pas en reste, les deux enfants de François Fillon auraient perçu 84’000 euros brut entre 2005 et 2007 lorsque leur père était sénateur de la Sarthe. Le cas de sa fille Marie est emblématique : alors qu’elle était embauchée par son père comme assistante parlementaire à temps plein, elle terminait sa formation et effectuait un stage d’avocate payé 11’035 euros bruts par an. Se pose la question du cumul des activités, et de l’usage de l’argent public par les élu-e-s. Elle aurait aidé son père dans la rédaction de son livre, dont le titre fait aujourd’hui sourire : « La France peut supporter la vérité« .

C’est en résumé les accusations auxquelles l’ancien premier ministre doit faire face. Mais ce n’est sûrement pas tout. Probablement aussi concerné par l’affaire des « chèques du Sénat » et ayant touché 200’000 euros de l’assureur AXA, non seulement son image d’homme politique honnête a explosé en vol mais il risque de continuer à devoir répondre de faits graves ces prochaines semaines. À moins qu’il n’ait été mis en examen avant, ou mis sur la touche suite aux prochaines mobilisations citoyennes.

Au niveau de la justice, cela se précise. Le parquet national financier, après avoir reçu le rapport de police concernant l’enquête et les perquisitions à l’Assemblée nationale, annonçait hier qu’il n’envisage pas « en l’état » de classement sans suite et que « les investigations vont se poursuivre« . La suite est difficile à prévoir, une mise en examen pourrait être prononcée tout comme un report post-campagne de ce feuilleton juridique fort dommageable pour les institutions démocratiques.

Un élément fait néanmoins sourire ; la ligne de défense choisie par Fillon et ses avocats. Ou plutôt les défenses successives. Deux semaines après les premières révélations, il se livre à un exercice de communication devant les médias et publie sur son site internet un résumé des salaires reçues par sa femme. Coincé devant ses propres contradictions et incapable d’expliquer par exemple pourquoi son épouse touchait un salaire bien plus important auprès de son suppléant (plus de 6000 euros par mois, contre 3677 auprès de F. Fillon). Ni de justifier son niveau de rémunération – 5000 euros par mois- à la revue des deux mondes pour seulement deux notes de lecture produites.

Coincé entre une justice qui agit rapidement et une opinion publique exaspérée, François Fillon, ses soutiens politiques et ses avocats se réfugient derrière leur seule porte de sortie. Il s’agirait d’un « coup d’État institutionnel du pouvoir » et les français doivent comprendre que « le parquet national financier nous vole l’alternance« . Une défense qui peut sembler ahurissante, mais c’est la seule qui leur reste.

De manière générale, difficile de ne pas être médusé devant ce système de détournement d’argent public au bénéfice de ses intérêts et de sa famille. Le chantre de l’exemplarité, annonciateur des « efforts » auxquels les français-es devraient consentir s’il était élu, voit sa crédibilité réduite à néant.

Maintenant, la mobilisation citoyenne s’organise, partout en France. Ce dimanche, des rassemblements seront organisés dans des villes des quatre coins du pays. Le rassemblement parisien sur la Place de la République devrait réunir des milliers de personnes. Il faut maintenant organiser ce ras-le-bol et faire tomber tous les élu-e-s corrompus et qui profitent des failles des institutions.

À ce niveau là, François Fillon n’est pas le seul concerné. Emmanuel Macron, le candidat médiatique dont le programme change au fil de la campagne, se voit concerné par un mélange des genres dans l’utilisation des frais de bouche lorsqu’il était ministre.
Bien plus grave, les eurodéputé-e-s du FN, dont sa candidate à la présidentielle Marine le Pen sont accusés d’avoir payé des employés en France avec de l’argent destiné aux assistants parlementaires basés à Bruxelles.

Les conséquences de « l’affaire Fillon » sont encore dures à prévoir. Il est sûr que Marine le Pen, malgré les accusations portées contre elle, s’en retrouve quelque peu renforcée. Mais face à cela, fort heureusement, les discussions en vue d’une grande aventure unitaire et citoyenne à gauche avancent. Ces deux prochaines semaines seront décisives et peuvent provoquer une dynamique historique capable de porter une alternative sociale, écologiste, européenne et démocratique au pouvoir.

Quant à François Fillon, il n’est même plus en mesure de faire campagne. Il passe en trombe, sous les sifflets, lors de ses déplacements, ne s’adresse qu’à des militant-e-s LR et se voit contraint de prévoir son agenda au jour le jour. Impossible de faire 6 semaines de campagne dans ces conditions.

Son quotidien ressemble à celui d’un président de la République impopulaire en fin de mandat ou faisant face à une mobilisation populaire contre une réforme de casse sociale. Sauf qu’il ne l’est pas encore, président. Il est bien entendu impossible d’y arriver sans faire campagne auprès des gens. Il va maintenant devoir affronter le terrain et assumer les conséquences de ses actions frauduleuses. Cela tombe bien, étant donné qu’il dit s’en remettre maintenant « au seul jugement des urnes ».

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Une nouvelle donne à gauche

Publié initialement le 7 février sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris. Bonne lecture !

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Il y a une semaine, la large victoire de Benoît Hamon au 2ème tour de la primaire de la belle alliance populaire (PS et alliés) a potentiellement relancé les chances de la candidature socialiste à la présidentielle. Bien plus que cela, la victoire de sa ligne écolo-sociale, à des années-lumière du quinquennat en cours, relance l’idée d’une alliance de programme à gauche en vue des législatives et d’une éventuelle candidature commune à la présidentielle.

Les socialistes proches de Hamon, les écologistes réunis autour de Yannick Jadot et les communistes, soutiens de Mélenchon pour la présidentielle, semblent privilégier cette option. Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, conscient de l’importance du moment politique, ne la rejette pas d’emblée. Cette stratégie politique semble être le seul moyen en vue d’une possible présence de gauche au 2ème tour de la présidentielle. Mais surtout, et c’est le plus important, en vue d’une refonte à gauche au delà des partis politiques.

La victoire surprise de Benoît Hamon à la primaire du parti socialiste sonne comme un rappel de la place, indispensable, des idées en politique. La direction du PS français et son approche gestionnaire, rassemblée derrière Manuel Valls, est tombée de haut. Un parti politique, une candidature ne peuvent pas être simplement organisés en vue de l’accession au pouvoir. On retrouve, sur ce point, les affres des années Mitterrand.

La campagne de Benoît Hamon, éloignée du culte présidentielle et critique du quinquennat libéral de François Hollande, s’est axée sur des thèmes oubliées par les dirigeants socialistes successifs. Débat sur le rapport au travail – autour de l’idée du revenu de base, approche écologiste des problèmes quotidiens, défense résolue des services publics ou appel à en finir avec la monarchie présidentielle.

On a bien vu l’embarras des dirigeants du parti – défendeurs du bilan du quinquennat Hollande – tant la présence de ces thèmes était inimaginable dans la partition solférinienne. Pris de court et dépassés par une mobilisation importante d’une partie de l’électorat de gauche, l’appareil socialiste s’est pris une claque à laquelle ils ne s’attendaient pas.

Cette victoire a ouvert un nouveau champ des possibles. Depuis une semaine, les déclarations et rencontres se suivent et se ressemblent. Comme le dit avec justesse ce matin Yannick Jadot sur Europe 1, « l’étape d’un éventuel rassemblement des candidatures n’est pas secondaire mais est seconde, la priorité c’est de bâtir un projet d’espoir. ». Et c’est bien la force amenée par la qualification de Benoît Hamon : d’abord les idées, le projet commun, avant d’aborder la question des candidats et leurs égos de « chefs » de partis.

Bien entendu, le Parti socialiste n’est pas subitement devenu écologiste. Bien sûr, la vision européenne de Mélenchon n’est pas celle de Jadot. Et, évidemment, les trois candidats n’ont pas la même vision de la politique de défense ou de la politique sociale. D’où la nécessité d’un socle commun, centré sur les mesures nécessaires au bouleversement politique.

Tabler sur un accord autour de mesures fondamentales semble ainsi être la meilleure approche. Trois propositions semblent se dessiner : le passage à la VIe République, fondement même de toute réforme démocratique, avec la mise en place de la proportionnelle à toutes les élections ; la sortie du nucléaire datée et lancée au 1er jour de la victoire, pour une France 100% renouvelable ; une refondation de l’Europe face aux politiques d’austérité, base même de toute alternative politique.

Un accord comprenant ces mesures a des chances de réunir les différents candidats et de mobiliser les militants des mouvements qu’ils représentent. Bien plus, cela pourrait réunir des milliers de militant-e-s et de citoyens engagés derrière ce programme commun. Au delà des appareils politiques dépassés. Concrètement, cela doit se faire le plus vite possible, d’ici la fin du mois pour avoir une chance de réussir.

Bien entendu, une clarification nette de Benoît Hamon s’avère nécessaire. Personne ne peut en effet imaginer un programme de gauche commun réuni derrière, parmi d’autres, des candidats comme Myriam El-Khomri, le ministère de l’intérieur Jean-Jacques Urvoas, Jean-Christophe Cambadélis ou le Vallsiste comme Jean-Marie Le Guen ?

Cela est inconcevable. D’où la nécessité de clarifications de la part de Hamon : choisit-il de réaliser un grand écart au sein du PS en donnant des garanties aux libéraux et en diluant ses propositions ou alors osera-t-il tenter une refonte complète de la gauche française ?

Cependant, il est nécessaire de précéder toute discussion sur les candidat-e-s, à la présidentielle comme aux législatives, par un débat sur les mesures communes. Le cas échéant, il est difficile d’imaginer Myriam El-Khomry faire campagne dans le XVIIIe arrondissement de Paris pour l’abrogation de la loi travail qui porte son nom. Un accord sur les mesures politiques forcera les personnalités à faire leur propre clarification. Celles et ceux qui se sentiront plus proches du libéral Emmanuel Macron – et qui ne l’ont pas déjà rejoint – n’auront alors plus qu’un pas à faire.

La balle est dans le camp de Hamon et Mélenchon en vue des législatives et de la présidentielle. Ce dernier osera-t-il tenter le pari d’un programme de majorité avec Hamon et Jadot ? Ce qu’il a refusé d’entrée en 2012, contrairement aux écologistes. Bien entendu, le quinquennat Hollande a plus que refroidi les partisans de cette option. Cependant, Benoît Hamon s’est imposé par une campagne écolo-socialiste engagée et semble saisir l’enjeu historique qui s’ouvre pour la gauche française. Une alternative démocratique, écologiste et solidaire semble possible.

Quelque soit l’issue de ces discussions, le résultat de la primaire socialiste a signé le retour des idées en politique. Trop longtemps mise de côté par le Parti socialiste, des millions de français retrouvent ce qui a été au cœur de l’histoire des mouvements socialiste et marxiste, puis de l’écologie politique et des mouvements altermondialistes ; la question sociale.

Bouleverser les rapports de production, répartir les richesses et construire un modèle démocratique où chacun-e trouve sa place, en mettant l’environnement naturel et la santé de chacun-e au cœur du projet politique. Cette période de repli identitaire et d’incertitude globale sonne comme un appel à la mobilisation générale, en France comme ailleurs.

Enfin, comme l’écrit Jean Ziegler, l’émergence d’une société civile planétaire ouvre une nouvelle donne dont la force de transformation sociale peut s’avérer hors du commun : « La nouvelle société civile planétaire n’obéit ni à un comité central ni à une ligne de parti. L’impératif catégorique du respect de la dignité humaine de chacun est son unique, mais puissant moteur. »

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21/02/2017

La "révolution" Macron

Publié initialement sur mon blog Regard suisse sur la présidentielle française. Suivi et commentaire de la campagne depuis Paris.

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Été 2014, il débarque sur le devant de la scène. En remplaçant d’Arnaud Montebourg, viré du gouvernement suite à sa
cuvée du redressement, il reprend le Ministère de l’économie et des finances. Après avoir été le conseiller économique de François Hollande, Emmanuel Macron entre dans la cour des grands.
Deux ans plus tard, il fait la une de tous les magazines et, fort de son profil de nouveau venu, la coqueluche des médias se voit propulsée par les sondages au 3ème rang potentiel, en tête du camp progressiste.

Mais qui est vraiment le « révolutionnaire » Emmanuel Macron ? Quel est son parcours ? Son programme ? Et surtout, qu’apporte-t-il de novateur dans une 5ème République française à l’agonie ?

Né à Amiens il y a 40 ans dans une famille de médecins, Emmanuel Macron fait son lycée dans un établissement privé catholique. Il étudie ensuite la philosophie à Paris puis rejoint l’École nationale d’administration (ENA) à Strasbourg, dont il sort diplômé en 2004.

Après un passage par l’inspection des finances, il travaille 4 ans comme banquier d’affaires chez Rothschild & Cie dont il devient associé fin 2010. Une période difficile à assumer pour un homme politique se définissant, parfois, « de gauche ». Soutien de François Hollande pendant la primaire socialiste, il devient secrétaire général adjoint de l’Élysée après sa victoire en mai 2012. La suite est connue.

Mais comment cet énarque devenu banquier d’affaires a-t-il pu, après avoir été au cœur de l’échec économique du gouvernement Hollande, se retrouver parmi les favoris de la Présidentielle alors qu’il était encore inconnu il y a 2 ans ?

Le premier élément de réponse se trouve dans le système politique français. Un aspect difficile à comprendre depuis un autre pays, en particulier depuis la Suisse et sa démocratie semi-directe – souvent soporifique – mais l’élection présidentielle emporte tout sur son passage. Symbole de la monarchie présidentielle française, cette recherche permanente du sauveur nuit à toute réforme du système politique.
En effet, l’immense majorité des hommes et femmes politiques semblent nourrir en eux l’ambition de devenir, un jour, président-e de la République, à la tête de la 5ème économie mondiale et chef des armées d’une des dix puissances nucléaires au monde.

Le pourquoi pas moi explique aussi la recherche permanente dans les médias de la prochaine star politique. Mais nous reviendrons quelque peu sur le rôle des médias.

Emmanuel Macron a parfaitement compris une chose : la population française a envie de se débarrasser de la génération de politicien-ne-s qui occupe l’espace politique depuis près de 30 ans. En particulier celle qui gouverne depuis l’époque de Mitterrand.

Le coup de balai sévère infligé à Nicolas Sarkozy puis Alain Juppé, celui en passe d’arriver à Manuel Valls, dépassé par les propositions nouvelles et innovantes de Benoît Hamon, l’abandon obligé de François Hollande ou l’élimination de Cécile Duflot, bien qu’il s’explique différemment, en sont autant d’illustrations récentes. Et ce dans divers courants politiques.

Cette recherche de nouvelles têtes, et le jeune âge du candidat d’en Marche explique ainsi l’intérêt autour d’Emmanuel Macron. L’engouement et la curiosité des français-es pour le débat politique explique aussi la forte présence à ses meetings. En effet, cela s’est vu lors de la primaire de la droite, et plus modestement avec celle du Parti Socialiste, les français-es ont soif de participation à la vie démocratique. Un système de consultations populaires fréquentes y rencontrerait à coup sûr un franc succès et permettrait, de mon point de vue, de nombreuses réformes et avancées sociales, mais cela est un autre débat qu’il serait intéressant d’ouvrir ici pendant cette campagne.

L’engouement pour un-e candidat-e s’explique souvent en premier lieu par des caractéristiques éloignés des idées : nouveau venu, côté « normal », franc parler, doté d’épaules larges ou courageux. Puis, seulement, viennent les qualificatifs liés au programme et aux idées. Et cela, Emmanuel Macron l’a parfaitement compris. Occuper le vide « centriste », ne fâcher personne, rencontrer tout le monde et se construire une image de présidentiable. Il fait tout juste.

Jusqu’au moment où son programme devra être clarifié et débattu dans les détails. En effet, après 5 années de réformes social-libérales du gouvernement Hollande, les électeurs et électrices français voudront-ils aller plus loin et appliquer le programme des socio-démocrates allemands sous Schröder à la sauce française ?

Il emploie lui même le terme de troisième voie avec les résultats que ce courant a connu en Angleterre et en Allemagne. Hantise absolue pour les militant-e-s de gauche de toute l’Europe, dont les classes populaires et moyennes de ces deux États font encore les frais aujourd’hui. Affirmer son idéologie libérale lui coûtera des voix et resserrera son électorat potentiel.

Hormis quelques bonnes idées, progressistes et de bon sens, sur l’organisation territoriale (suppression des départements dans les zones urbanisées), l’éducation (investir massivement et baisser le nombre d’élèves par classe dans les quartiers prioritaires) ou la santé (remboursement des lunettes et des prothèses dentaires et auditives), le programme du candidat d’En Marche n’est pas d’une grande inventivité. C’est le mot.

Sans étonnement, il reprend le squelette de pensée de la doxa libérale : baisse de l’impôt sur la fortune, nouvelle baisse de charges pour les entreprises sans contreparties (CICE augmenté) et réduction des dépenses publiques. Sans préciser bien entendu, pour cette dernière mesure, dans quelle domaine il faudrait couper. Difficile, et exclu, de faire des choix clivants pour le candidat Macron.

On ne compte plus les « unes » qui lui sont consacrées. Même le service public, en particulier le JT de France 2 semble être sous le charme de ce « ministre à part », « électron libre » qui « dit les vérités ». Chacun-e se rendra compte du soutien énorme apporté par une telle couverture média. Le site ACRIMED y a consacré un excellent article que je vous recommande.

Il est impossible de ne pas parler de la primaire du PS, dont il a été le grand absent, au grand dam des dirigeants solfériniens. Son absence fut d’ailleurs souvent au cœur des débats. Il lui fallait éviter cette primaire de la gauche aux allures de bal des anciens ministres de François Hollande, voire de Congrès du Parti socialiste. S’enfermer dans cette lutte entre les différentes tendances d’un parti duquel il a toujours essayé de se distancier aurait pu le tuer politiquement. Il en est bien conscient et a d’ailleurs tout fait pour en diminuer la portée. Il renforce ainsi en ce moment sa stature présidentielle en tournée au Liban, soutenu discrètement par l’Élysée.

De plus, son mouvement En Marche – dont le nombre de « membres » se mesure simplement au nombre d’adresses emails récoltées – lui permet de se placer par delà des partis, au dessus des étiquettes politiques traditionnelles. En faisant peau neuve, sans être, une nouvelle fois, inquiété par le bilan politique de Hollande, auquel il a œuvré.

Maintenant, le résultat du 1er tour qui a vu l’écolo-socialiste Benoît Hamon créer la surprise en virant en tête, devant Manuel Valls, risque bien entendu de lui ouvrir un boulevard dans cette course pour la tête du camp progressiste. Condition indispensable, potentiellement synonyme de qualification pour le 2ème tour.

Bien avant la fin de la primaire PS, les ralliements du courant socialiste affluent déjà : Thomas Hollande, dont le père est un des fils spirituels de Macron, le soutient déjà discrètement, de même que Jacques Attali, pour qui le jeune énarque François Hollande a travaillé sous la présidence Mitterrand. Ségolène Royal se dit déjà prête à faire de même. On imagine aisément de nombreux ministres, député-e-s et sénateurs/trices faire de même si la percée de Benoît Hamon se confirme dimanche.

La stratégie retenue semble être celle de suivre le parcours  de François Bayrou en 2007. La configuration politique à gauche, avec un Parti socialiste au bord de l’explosion en cas de victoire de Hamon, risque de lui être favorable. Une situation bien plus avantageuse que celle vécue par Bayrou il y a dix ans.

Ces prochaines semaines, au moment où la campagne présidentielle aura réellement commencé, vont montrer si Emmanuel Macron continue sur cette lancée ou si sa jeune machine politique subit des coups de frein suite aux attaques et clarifications. Au delà des couvertures de magazines, le personnage, son parcours et son programme vont enfin être mis à nu.

En effet, qui semble aujourd’hui se rappeler qu’il a été l’un des piliers de la politique économique du quinquennat Hollande ? L’artisan des baisses fiscales inconditionnelles en faveur des entreprises et de la loi travail qui a vu la mobilisation déterminée de millions de personnes contre elle ?

Son lancement de campagne a été un coup de maître. Il faut le dire. Cependant, son discours déconnecté de la vie des gens, souvent accompagné de mépris – l’affaire du costard face à des grévistes résume tout – et son programme libéral ne semblent pour l’instant pas prendre auprès des couches populaires.

La création d’un nouveau mouvement, le soutien de personnalités politiques du centre et la communication habile aidée par les médias qui participent à la création d’un mythe Macron l’aident pour l’instant à faire oublier son passage au gouvernement. Reste à savoir pour combien de temps.

Le plus dur lui reste à faire. Il devra présenter un programme complet, assumer sa vision économique libérale et subir la mobilisation opposée au bilan économique désastreux du quinquennat dont il a été la pierre angulaire. Le récent soutien du libéral Alain Minc de même que celui de Jacques Attali, l’un de ses modèles politiques, devrait l’aider, si ce n’est l’obliger, à assumer son programme économique libérale. À ce moment, la vraie campagne aura commencé. Et nous verrons qu’Emmanuel Macron fait du neuf avec du vieux et ne propose rien de « révolutionnaire ».

 

21/01/2017

Regard suisse sur la présidentielle française

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Depuis plusieurs mois, l’actualité politique française est rythmée par la campagne présidentielle : primaires de la droite, puis celles de l’écologie, mobilisation du mouvement « En Marche » autour d’Emmanuel Macron et des insoumis derrière Jean-Luc Mélenchon ou primaires du Parti socialiste et les alliés qu’il lui reste.

Et ce n’est là que le début des hostilités. L’intensité va aller crescendo car la vraie campagne n’a pas encore commencé. Elle promet son lot de rebondissements, de surprises, dans un contexte politique plus qu’incertain. Les éliminations des Sarkozy, Duflot, Juppé tout comme l’abandon de François Hollande illustrent ce moment unique.

Étant installé à Paris pour quelques mois, je vais en profiter pour suivre et commenter la campagne à travers ce blog. Mon but est d’apporter un regard extérieur, d’analyser l’évolution de la campagne, ses dynamiques et de donner autant que possible la parole à des personnes qui ne l’ont pas souvent.

Beaucoup d’entre vous connaissent mon engagement comme militant écologiste et altermondialiste. Ce blog ne se prétend ainsi pas « objectif » ou journalistique. Son contenu évoluera en fonction des envies et de la campagne, je reste ouvert à toutes vos suggestions et me réjouis de les lire.

Enfin, l’idée est aussi d’utiliser les réseaux sociaux pour diffuser et analyser, étant donné que les commentaires et l’échange y sont plus pratiques que sur un blog. Je continuerai aussi à publier directement sur Facebook et Twitter, sur ce thème comme sur d’autres.

Bonne(s) lecture(s) !

24/12/2016

Faire face à la «contre-information»

« Donnez vingt-quatre heures d'avance à un mensonge et la vérité ne le rattrapera jamais. Autrement dit, il faut toujours affronter la malhonnêteté intellectuelle immédiatement et sans équivoque. »
Michael Moore


Les récentes actualités ont fait ressurgir un florilège de thèses conspirationnistes ciblant en particulier la prétendue désinformation des médias « mainstream ». De nombreux événements ont provoqué ce type de réactions. J'en retiendrai deux en particulier : le siège tragique d'Alep Est et l'odieux attentat de Berlin.

Dans le cas de Berlin, suite à la publication de l'identité du criminel suspect, une thèse conspirationniste a rapidement circulé en masse sur les réseaux sociaux. Pourquoi un terroriste aurait-il, au moment de commettre un attentat, ses papiers d'identité sur lui ?

En moins de deux, diverses thèses évoquant la manipulation des médias et d'un scénario orchestré par on ne sait trop qui fleurissent sur les réseaux sociaux. « On nous ment, une fois de plus » ; « C'est encore l’œuvre des services secrets » ; « Comment pourrait-il être aussi stupide et avoir ses papiers sur lui ».

Déjà évoquée au moment de l'attentat de Nice – et d'autres, ce scénario complotiste n'est pas nouveau et guère étonnant. En se penchant un minimum sur la question, un élément de base devrait rapidement apparaître dans la réflexion, quand réflexion il y a. Identifier précisément l'auteur est nécessaire pour revendiquer un attentat.

En effet, le soi-disant État islamique – en particulier après son appel de septembre 2014 appelant partout à cibler des européens de n'importe quelle manière – ne peut plus avoir un contrôle précis et un suivi global des actions criminelles commises par celles et ceux qui s'en revendiquent. S'assurer que l'identité de l'auteur du crime soit rapidement diffusée publiquement permet au soi disant État islamique de revendiquer rapidement et de réagir en détail – ou non – à l'attentat en question.

L'autre événement récent qui a mis en évidence cette « contre-information » qui désinforme est bien entendu le siège d'Alep Est. Tournant majeur dans la crise syrienne, le pilonnage aux barils d'explosifs des derniers quartiers rebelles de la ville a aussi marqué un tournant dans la guerre de l'information et l'analyse du conflit, en particulier à gauche de l'échiquier politique où une ligne de fracture claire s'est hélas affirmée. Sur ce dernier point d'analyse politique, j'y reviendrai en détail dans un autre article.

Ainsi l'avancée des forces du régime syrien, dirigées par des officiers russes et renforcées par des miliciens chiites iraniens, afghans et du Hezbollah, sur Alep Est a fait ressortir les thèses les plus farfelues sur la prétendue désinformation de masse véhiculée par les grands médias occidentaux. De la présence de l’État Islamique à Alep Est, alors qu'il en a été chassé par les rebelles syriens dès 2014 à la prétendue présence des seuls milices islamistes sur place en passant par le soi-disant soutien total de la population syrienne au régime de la dynastie Assad.

Bon nombre d'informations mensongères furent véhiculées sur les réseaux sociaux, en grande partie appuyées par la propagande du Kremlin que constitue Russia Today, média étendard des tenants de la « contre-information ».

Sans refaire toute l'histoire du conflit et l'influence complexe des nombreux acteurs de la répression du régime et de la guerre qui a suivi, un élément déterminant change maintenant la donne de l'information. Celui des témoignages en direct des citoyen-ne-s d'Alep et d'autres villes eux mêmes grâce aux réseaux sociaux.
Sur Twitter et Facebook, ou sur des blogs, il est possible à tout un chacun de suivre au quotidien les bombardements, la vie de tous les jours dans une ville sous siège et les conditions de vie qui se durcissent jusqu'à devenir intenables.

Personne ne peut brandir l'excuse de ne pas avoir su ce qu'il se passait. Se réfugier derrière l'excuse de l'impérialisme et de la géopolitique des grandes puissances dans la région afin de ne pas avoir à dénoncer des crimes de guerre s'avère être de la pure lâcheté. Oser se revendiquer de l'internationalisme a quelque chose d’écœurant après avoir fait preuve de tant d'indignation sélective.

Pourquoi s’appuierait-on sur les témoignages sur les réseaux sociaux de personnes en Palestine occupée ou au Yémen bombardée par l'Arabie Saoudite avec la bénédiction des puissances occidentales ? Le contexte est le même. 

Partir du contexte des printemps arabes et des formidables mobilisations populaires qu'a connu tout le Moyen-Orient et le Maghreb nous oblige à toujours considérer les luttes populaires locales avant la géopolitique des puissances et leurs intérêts. Sous prétexte de lutter contre le seul impérialisme américain et occidental via la machine de guerre de l'OTAN, bon nombre de militant-e-s politiques se revendiquant de la gauche balayent d'un revers de la main près de 6 ans de mobilisation populaire en Syrie.
Un véritable affront à toutes celles et ceux qui ont été tués et emprisonnés pour avoir osé revendiquer la démocratie, la justice sociale et la liberté.

Qu'en est-il de la formidable résistance et mobilisation des habitant-e-s de Homs, l'un des bastions de la révolution ? des rebelles syriens qui ont chassé l'Etat islamique d'Alep Est en 2014 ? de tous les jeunes qui vont au secours quotidiennement des victimes des bombardements russes et du régime ? de celles et ceux qui documentent depuis des années la banalité du mal qui sévit dans le pays ?

Enfin, par rapport à la crise syrienne, dénoncer l'impérialisme des États-Unis et des pays européens & arabes membres de la coalition en faisant fi de l'intervention russe et iranienne dans le pays relève soit de l'hypocrisie, soit d'une bêtise sans nom.

À toutes celles et ceux qui défendent le régime de Bachar Al Assad car il garantirait la stabilité dans la région et serait une réponse laïque face aux rebelles islamistes, remballez votre pseudo discours sur le nationalisme arabe et posez-vous une seule question : sans même parler de la répression et des massacres dont il est responsable, en quoi le régime alaouite d'Assad, soutenu militairement par l'armée russe et ses officiers formés lors du massacre de Grozny, financé directement par le régime chiite iranien et renforcé militairement par des dizaines de milliers de combattants du Hezbollah et des pasdarans, serait-il une alternative laïque et indépendante ?

Plus généralement, il est bien plus facile de sortir du chapeau l'excuse de la « désinformation » et de crier à la conspiration à chaque occasion que de se frotter à une situation complexe en dépassant l'analyse simpliste de la vérité face au(x) mensonge(s). À un moment historique où les démagogues de droite sont au sommet de la vague, il est urgent de ne rien lâcher sur un principe qui a articulé les mouvements progressistes, celui de l'internationalisme.

Il est inquiétant et aberrant de voir le peu de réactions pesées et internationalistes entendues ces dernières semaines dans la campagne pour les élections présidentielles en France. À part les positions constantes du Nouveau Parti anticapitaliste et la ligne claire des écologistes français - dont le candidat Yannick Jadot co-signe une bonne tribune "Alep crève" avec l'essayiste Raphaël Glucksmann - une dérive à gauche se confirme. La réponse vidéo de Jean-Luc Mélenchon à cette tribune est le symbole de son embarras et de sa distanciation vis à vis des luttes internationalistes (dès 13'30'').

À l'heure où tant d'informations succinctes circulent sur les réseaux sociaux, ne nous contentons pas de lire les simples titres, nous fier à une seule source ou de considérer par défaut toute information « anti-système » comme vrai, fiable car elle irait à contre-courant.

Sans cela, le pire est à prédire. Un exemple me frappe toujours autant : au moment de l'élection de 2004 et de la campagne de réélection de Georges W. Bush, selon un sondage une majorité d'américains pensaient que Saddam Hussein avait organisé les attentats du World Trade Center. Cela alors que tout l'avait contredit et que le gouvernement de Bush lui même avait infirmé ses propres propos. Ce type d'exemples extrêmes devient de plus en plus courant. La récente campagne présidentielle aux États-Unis en a été un exemple parlant, qui a laissé sans voix bon nombre d'entre nous.

Ne pas réagir et laisser ces mensonges s'installer dans le débat public met en péril nos démocraties et, j'en ai bien peur, toute possibilité de renverser le système néolibéral actuel vers une alternative solidaire, démocratique et écologiste.

Belles fêtes à toutes et tous, et une bonne année à venir, pleine de santé, de réflexion active, de découvertes et de projets engagés. Ne l'oubliez jamais : un autre monde est possible !

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14/12/2016

Alep : la Suisse doit agir !

Pendant que les combats font rage dans la ville syrienne d’Alep, des rapports relatifs à des massacres perpétrés dans la population civile sont rendus publics. Les Jeunes Vert-e-s ont organisé à Berne une veillée rassemblant environ 100 participant-e-s afin de demander une acceptation rapide et sans bureaucratie de 50'000 demandeurs d’asile provenant de zones de guerre.

En outre, la Suisse doit user de sa diplomatie pour ouvrir un couloir humanitaire des Nations Unies dans la zone touchée. «C’est seulement si un grand nombre de pays fait pression sur le plan international que les souffrances liées à la malnutrition et aux sans-abris pourront être atténuées.» explique Ilias Panchard, Co-président des Jeunes Vert-e-s Suisses, pour justifier les exigences du parti.

Le Conseil fédéral a décidé cette semaine d’accueillir un nouveau contingent de 2'000 syrien-ne-s. Les Jeunes Vert-e-s saluent cet engagement humanitaire, mais déplorent cependant le faible nombre articulé. «Un pays riche comme la Suisse est capable d’assurer la protection de 50'000 réfugiés» rajoute Ilias Panchard. De plus, la Suisse dispose de moyens de secours conséquents pour aider en zone sinistrée.

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